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SÉANCE 84 : LE PRÉNOM :

« Alicia parlez moi de votre prénom ? »

« Mon prénom ? » je reformule pour gagner du temps.

«  Savez vous pourquoi lui ? » «  Qui l’a choisi ? »

C’était une façon détournée de me faire parler de mes parents, de mon enfance.

On ne me la fait pas à moi.

Elle a beau porter ses sandales de nonne je la vois venir  comme un éléphant dans un magasin de porcelaine.

J’ai intérêt à mettre à l’abri les objets fragiles.

« Ce devait être Alice, mais sur le chemin en allant me déclarer mon père à changer d’avis, il a hispanisé le prénom, Alicia c’était plus chaleureux à son goût. Et puis cette Alice qui tombait dans un trou cela ne lui plaisait pas du tout.

« Il ne voulait pas d’une « Alice au pays des merveilles », il voulait d’une Alicia au pays du réel.

La vie n’était pas toujours facile,  sa fille devait savoir s’en sortir toute seule. »

« Et votre mère qu’a t’elle dit ? »

« Je n’en sais rien , je n’ai jamais pensé à lui demander, elle me racontait cela comme une anecdote, pas comme un fait traumatisant, donc j’imagine que cela l’avait amusée plus que contrariée.  Je ne sais pas  pourquoi elle avait choisi Alice, je ne me suis jamais posée la question. J’aime mon prénom je le préfère à Alice, mon père a bien fait, mais au fond si je m’étais appelée Alice à la place d’Alicia pour les mêmes raisons inversées cela aurait produit le même effet je l’aurai  aimé ce prénom  d’Alice .»

En fait ce qui compte vraiment c’est de savoir que le prénom a été choisi autrement qu’en posant un doigt au hasard sur un calendrier, autrement que par obligation de donner le prénom de grand père ou de la grand mère pour surtout ne pas les contrarier. »

C’est fou comme un prénom c’est important.

Une identité en quelques lettres qu’on rejette ou qu’on accepte.

Qui nous va comme un gant, ou qu’on porte maladroitement et dont on rêve de pouvoir se débarrasser.

J’ai une amie qui s’appelait Marie Joséphine elle se faisait appeler Majo, personne ne connaissait son vrai prénom, elle le détestait.

Elle le cachait comme une maladie honteuse, une mauvaise marque de fabrication.

On commence tous par ça « Vous vous appelez comment ? » On décline son prénom. On se met à nu.

Il sera murmuré dans les moments intimes.

Malmené dans les disputes houleuses.

Rien de pire que se trouver nez à nez avec  quelqu’un qui porte son prénom, doublon d’identité, on se croit unique au monde et on se voit obligé de partager ce qui nous distingue.

J’ai eu la chance de traverser les années sans partager Alicia.

Maintenant j’en croise parfois des pas plus hautes que trois pommes, avec un prénom encore vert qu’elle commence tout juste à s’approprier, et je les envie d’avoir la vie pour le porter.

Je suis ressortie de cette séance avec le prénom en poupe comme un étendard. Fière de porter  « Alicia ».

Merci papa !

 

ALICIA RAHO (2013)

 Texte tiré de « Monologue avec mon Psy© » avec l'autorisation de l'auteure

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