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CARNET 55 : LA VIE EN CABANE :

 Ma collection de cabanes s’agrandit !

Je viens d’augmenter ma collection d’habitants de cabane grâce à une heureuse « fouinerie » en librairie. Je cherchais « En remontant les ruisseaux » aux éditions l’Escampette, conseillé sur son blog par Frédérique Germanaud, et me suis finalement carapatée avec un petit discours sur la frugalité et le retour à l’essentiel. Les ruisseaux mènent partout pour faire les grandes rivières. J’étais toutefois méfiante avec mon petit opuscule sous le bras. L’auteur, né en 1973, un jeunot, se lance dans l’écriture et la vie en cabane, avec un sous-titre un peu dans l’air du temps. Cela pouvait annoncer le meilleur comme le pire. L’ouvrage est à l’image du propos annoncé : frugal, à peine 89 pages et peu onéreux, à peine 8 euros, première cohérence sympathique. Le lascar -j’ose cette appellation familière car la photo de couverture présente l’homme avec de grosses bottes en caoutchouc, pantalon de velours, veste de trappeur, regard vif, l’air d’un drôle de lascar-le lascar donc n’a pas commis le pêché mignon de la jeunesse celui de la Tabula Rasa. Il a lu, et même beaucoup, et avoue en toute honnêteté ses références : Kamo No Chomei, Rousseau, Thoreau, Emerson, Bachelard. Toute la clique des anciens et des meilleurs est convoquée et même les plus récents comme Rick Bass trouvent leur place dans ce petit essai.

                                     

Notre jeune ermite n’a pas la prétention de réinventer le fil à couper le beurre de la cabane. Il marche dans les pas de ses pères avec ses bottes tout terrain. Pas de révolution à attendre de ce côté-là et c’est tant mieux. Comment alors en toute modestie et pourtant avec audace revendiquer aujourd’hui « le sens de la hutte » ? Il décline son parcours personnel, ses différentes cabanes depuis l’enfance. Il dévoile comment de par le monde persiste le don de la cabane. Des abris attendent leur hôte de passage. Chacun pendant une ou plusieurs nuits devient l’invité et assure le relais : les clés seront remises au départ dans le fameux pot en terre et une pierre posée à l’édifice pour que le  hasard soit de bon augure pour l’anonyme prochain. N’est-ce pas déjà réconfortant sur l’âme contemporaine que ce don qui perdure ? La dernière partie du livre se veut plus politique et perd parfois en complexité d’approches…

Heureusement, les propos ne sont pas dogmatiques. Ils visent plutôt à interroger l’émergence actuelle des cabanes dans les mouvements d’insurrection tels ceux de Notre-Dame-des-Landes ou les contraintes de survie des clandestins qui s’abritent dans des constructions de fortune sur les bords d’autoroutes. Comment notre société réagit à ces nouvelles cabanes ? Elle dénonce à la fois les abris précaires, échappant aux lois et aux taxes d’habitation, dénonce l’insalubrité et tout-à-la fois se réjouit de goûter à la cabane de luxe pour vivre sous le ciel étoilé et savourer un petit déjeuner hissé par poulie, de vivre l’aventure dans une yourte tout confort, le temps d’une lune de miel…vrai paradoxe de l’homme contemporain. Le discours sur la frugalité et le retour à l’essentiel est le plus souvent perverti car la société de consommation en a déjà fait son miel. Il n’y a qu’à voir fleurir les slogans ambigus sur le développement durable, la qualité HQE des habitations, l’agenda 21 et autres inventions de bonne conscience…La sobriété heureuse n’est pas encore de ce monde et ces 89 pages donnent envie de poursuivre la réflexion. Merci donc David Lefèvre. Je ne sais si ma chronique atteindra votre dernière cabane apparemment au cœur de la forêt de Brocéliande mais vos pages ont pénétré ma maison de livres et je diffuserai votre petit ouvrage avec plaisir. Votre plume précise, sensible, aussi érudite que fluide permet à qui n’a pas encore découvert ce registre du retrait une vraie entrée en matière, ce qui n’est pas un mince exploit !

David Lefèvre /La vie en cabane/collection Petite philosophie du voyage/Transboréal.

 

MARCELLINE ROUX (2013)  marcelline.roux@laposte.net

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