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CARNET 57 : AUTOMNE EN ROBE LÉGÈRE :

 Au premier jour d’automne, j’ai ouvert les fenêtres de la maison pour qu’elle respire la fin de l’été, que certains disent indien. Les pieds sont encore nus dans mes sandalettes. Je pressens que cela ne durera pas même si le corps a encore soif de lumière. L’arrivée d’une enveloppe d’Approches éditions  ne pouvait tomber mieux. Un petit livre de 7 pages, édité dans la collection « Textes nus », résonne immédiatement par son titre « Trois femmes en robe légère » avec mon humeur, ma vêture, et cette fameuse chaleur automnale.  L’objet littéraire est signé Frédérique Germanaud dont j’avais découvert la subtile Chambre d’Echo. Je ne voulais pas me jeter tout de go sur les sept feuillets, n’ignorant pas la portée sacrée du nombre. Il fallait retenir mon impatience, installer un semblant de rituel pour déguster. J’ai sorti le lourd transat en bois, l’élégant avec son petit oreiller blanc, spécial repose-tête de lectrice. J’ai jeté un coup d’œil rapide sur l’assiette du hérisson pour m’assurer que Mister H ne traînait pas dans les parages en quête de limaces ou de croquettes « engraissage pour survivre à l’hibernation » qui approche. Aucune pique ne se baladait dans ce coin-là du jardin, je m’installai donc et ouvrai délicatement la couverture blanche.

Dès le début, je fus prise à contrepied : le narrateur n’était pas féminin. Ma première hypothèse de lecture s’effondrait. Le titre annonçait trois femmes et c’était un homme qui entrait en scène, un matin d’hiver, effectuant ses premiers gestes tandis que dehors la nature cogne. Les trois femmes se font un peu attendre, rien d’étonnant. Elles surgissent sous la forme de souvenirs d’amour et d’une rencontre. Deux phrases me sont apparues comme un second pied de nez au titre qui parlait de légèreté : « Il nous faut constamment enfanter nos pensées à partir de nos douleurs » et « Je suis plus appartenance qu’arrachement ». J’ai osé croire que l’enjeu des sept pages tenait entre ces deux affirmations : dire comment un homme appartient au paysage de Tourraine, à un creux de campagne, à sa vie de peu, faite de brocantes, dans tous les sens du terme. Il survit dans un moulin à l’arrêt mais où la farine a laissé des traces comme les femmes en robe légère qui se sont arrêtées chez lui quelques temps pour déposer, à leur façon, leur blancheur. Lire Frédérique Germanaud, c’est approcher avec précaution le silence, les gestes, l’empreinte des sensations, des lumières inscrites dans le corps, tout ce qui fait appartenance plus qu’arrachement. C’est cette infinie précaution qui fait que l’on aime au-delà de l’absence, que l’on habite une terre, que l’on vit au milieu des poules, que l’on nage, pêche à la ligne ou contemple les courbes géologiques d’un lieu. En quelques minces feuillets, l’auteur rend l’épaisseur d’un matin d’homme, les strates de son temps traversé par des femmes appartenues mais qui avant tout s’appartiennent. Trois femmes en robe légère est comme trois petits coups sur la vitre qui tiennent éveillé. Frédérique Germanaud est merle à sa façon, elle laisse des signes sur la page : si l’on marche vite dans ses mots, on ne perçoit pas tous les indices déposés. Il faut comme le merle secouer les feuilles mortes, laisser respirer comme le moulin qui se remplit et se vide. Ce tout petit objet littéraire est un cadeau qui me fait espérer l’hiver et le feu dans la cheminée.

J’aurai tenté  une chronique brève et dense, qui ne dise rien du texte mais éveille le désir, à la manière de l’auteur, mais décidément Frédérique Germanaud a quelques longueurs d’avance. Tentez de croiser ces Trois Femmes pour vous en persuader. Arrêtez-vous, ouvrez, lisez, quelque chose vous sera rendu : voilà, déniché au dernier moment, l’aspect sacré du chiffre « 7 » ! L’éditeur de Fougères n’a hélas plus beaucoup de robes légères en stock mais sa collection « Textes nus » n’a pas froid aux yeux : un abonnement de 10 euros et vous recevrez pour toutes les saisons des petits livres comme on n’en fait plus.

Trois femmes en robe légère/ Frédérique Germanaud /Approches éditions

MARCELLINE ROUX (2013)  marcelline.roux@laposte.net

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