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TYRANNICIDE de Giulio MINGHINI :

En adressant au sultan moribond des lettres françaises - Philippe Sollers -, la lettre de sa vie, G.J le narrateur et auteur de cette missive aussi aliénée que foudroyante de mélancolie ignore qu’il écrit là les lignes les plus affûtées de son existence, de celles qui déchirent enfin « le voile opaque de l’indifférence ». Car au-delà des figures obsessionnelles que demeurent pour lui la NRF et Monsieur Sollers, fielleuses icônes étêtées du feu sacré de la littérature, G.J  fait l’aveu dans ces quelques pages d’un inaboutissement plus profond : celui d’un homme rattrapé par sa désillusion, voyageur solitaire s’engouffrant dans le train sans destination des souvenirs. Réminiscences malodorantes d’une vie provinciale où se mêlent l’odeur insatisfaisante du métier « Professeur de français dans un lycée technique de Pau » et celle bien plus entêtante d’une mère tendance vipère au poing dont l’absence de chaleur  demeure l’infanticide ultime que nul tribunal littéraire ne sanctionnera jamais.

Ce n’est pas moins de six versions de son roman « Tyrannicide », toutes expédiées pour ultime approbation à Philippe Sollers – cosmonaute aussi étincelant qu’égotiste du voyage sur la lune littéraire –  qu’il faudra à G.J pour tenter de venir à bout d’une souffrance à laquelle aucun éditeur ne sera jamais en mesure d’offrir une réponse. Pathétique comme « une giboulée de mars » la vie G.J hurle l’absence de printemps et la descente aux enfers émotionnels d’un petit garçon mal aimé …

A l’aide d’astuces narratives, prenant la forme de coups de griffes bien sentis contre la débandade intellectuelle que constitue une certaine ligne éditoriale de Gallimard, Giulio Minghini aborde dans cette lettre une profonde et  sensible réflexion sur la conséquence irréversible que peut provoquer l’absence d’amour maternel sur la vie d’un homme. Quand l’érotomanie de l’écriture devient le seul refuge, les dommages collatéraux s’avèrent tragiques et c’est bien là le cœur de ce texte d’une sombre beauté qu’ensoleillent çà et là des fragments d’ironie tirant au lecteur quelques sourires. Toujours à l’aise avec les escarmouches poétiques, Giulio Minghini confirme son indéniable aisance stylistique et son désœuvrement de clown blanc, qui crayon au poing, livre par livre, confie au lecteur une réflexion sur l’impossibilité d’aimer et celle d’être aimé en retour. Face à cette impossibilité, reste  la  grande littérature,  la vraie, celle-là même qui existe parce que la vie ne suffit plus …

ASTRID MANFREDI (2013)

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