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LA MECANIQUE DU BONHEUR de David BERGEN :

    David Bergen est-il un auteur shakespearien ? C’est la question que l’on pourrait se poser au terme de la lecture de son dernier roman “La mécanique du bonheur”. Roman plein d’humanité, de bruit, de fureur,  d’incomprehension, de violence et  de chagrin.  Roman qui sonde impitoyablement les profondeurs abyssales de la complexité humaine.

    Morris Schutt est un éminent chroniqueur marié à une psychiatre avec laquelle il a eu trois enfants.  Sa vie aurait dû suivre un cours immuable, un cours fait d’habitudes et de principes ; seulement le destin se manifeste parfois sous la forme d’un affreux cauchemar : la mort de son fils Martin parti faire la guerre en Afghanistan.  Catastrophe absolue dans l’existence d’un homme qui va devoir affronter l’existence sans ce sentiment de vérité qui l’animait jusqu’alors, il concluait d’ailleurs toujours ses chroniques par la formule “Ceci est la vérité” et tous ces lecteurs adoraient ça.  

Mais voilà que la vérité devient soudain bien inconstante.  Bergen décrit la quête de Morris Schutt avec le soin du détail qu’on lui connait, un portrait psychologique d’une grande force 

qui n’épargne rien des errances de son personnage au lecteur.  

David Bergen ajoute à la qualité de sa narration une qualité d’écriture tout à fait exceptionnelle. Prenons par exemple la scène où Morris apprend la mort de son fils : « Il écrivait sa chronique habituelle, y apportant la dernière touche, quand la sonnette retentit. Il enregistra son fichier, le sauvegarda sur clé USB, descendit à contrecœur les escaliers – il n’aimait pas être interrompu quand il écrivait – et en s’approchant de la porte de devant, il vit, à travers la vitre, deux hommes en uniforme militaire. Il comprit instantanément et avec une certitude absolue la raison de leur visite. Il se tint là, à environ un mètre de la porte fermée. Il se dit que s’il tournait les talons, remontait à l’étage et revenait une heure plus tard, les hommes en uniforme auraient disparu et cet instant entrerait dans l’éternité. Son corps commença à trembler et il entendit une voix crier « Non, non, non ». C’était sa propre voix, il en perçut le timbre, le ton de basse, et il s’arrêta. Il n’y aurait ni scène ni indignité. Il avança et ouvrit la porte.»   Tous les paradoxes du personnage sont là  réunis dans ce court  paragraphe. Ecriture quasi clinique qui porte le faisceau de lumière blanche sur la plaie  béante.  La mort de son fils va affoler la boussole des certitudes de Morris Schutt déclenchant une série d’évènements surprenants ou désagréables – sa femme prenant le large, le laissant seul face à une méditation existentielle  souvent hiératique et parfois explosive – qui vont cependant l’amener à reconsidérer sa vie sous un jour nouveau. 

Une fois de plus la collection Terres d’Amerique d’Albin Michel s’augmente d’un beau roman où le destin brisé d’un homme l’oblige à renouer avec les profondeurs de son être pour continuer à vivre.  Notons au passage que l’une des forces de cette collection, hormis le fait qu’elle nous permet de découvrir  une certaine littérature d’outre Atlantique, est la qualité de ses traductions qui en fait l’une des références dans ce domaine : “Morris se dit que si, en cet instant précis, il pouvait prendre dans ses bras tous ceux qui l’aimaient, il y aurait peut être quatorze ou quinze personnes dans son cercle. N’était-ce pas suffisant ? Il aurait cinquante deux ans dans un mois. Le temps filait. Il pourrait mourir bientôt, et sa vie serait inachevée. Il n’en était qu’à la moitié du livre neuf de La République. Il avait des choses intimes à dire à Lucille. Il fallait trouver un endroit pour les cendres de Martin. Libby devait grandir. Meredith avait besoin d’amour, Jake aussi. Debout dans le froid et le vent, il sut que, lorsqu’il rentrerait chez lui, il prendrait son stylo-bille et écrirait tout ça dans son journal intime. Il y avait encore beaucoup de choses à résoudre et à considérer. Prends des notes songea-t-il. Et sois vivant.”

 

ARCHIBALD PLOOM  (2013)

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