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CARNET 59 : PARTIR, REVENIR C'EST VOYAGER UN PEU :

 Ne pas parcourir le monde est aujourd’hui une tare, un manque de curiosité, d’ouverture. Interrogez autour de vous : rares sont ceux qui n’ont pas traîné dans les aéroports, passer du temps à pister les meilleurs prix des compagnies low cost pour s’envoler lointainement. Ne pas savoir quitter le pays natal révèle nécessairement un esprit réactionnaire, rustre, paysan comme on disait, il y a quelque temps, pour qualifier un homme arriéré, attaché à sa terre. J’avoue faire quelques complexes quand certains racontent leurs vacances planétaires. En tout et pour tout, je suis allée en Suisse, au Portugal, en Hollande et du côté de la Grande Bretagne : c’est platement européen.  J’ai honte d’aimer revenir sur ces lieux, les revoir en toute saison, percevoir les lumières, les changements. Avoir mes marques, reprendre des habitudes interrompues est pour moi délicieux. Loin de me sentir touriste, je me considère comme une revenante, accueillie, faisant déjà partie du paysage. J’y étais et j’y reviens comme après une absence, qui compte si peu, tant la joie des retrouvailles est perceptible. Je dois avoir un côté terrien, pas très aventureux. J’exagère évidemment car il est des voyages et des voyageurs qui me fascinent : Roubaud au Japon, Nicolas Bouvier en Inde, Blixen en Afrique...et j’en passe. Je crois que ce qui me déprime c’est d’entendre dans le TGV deux jeunes garçons parler de leur dernier voyage en Thaïlande et ne rien percevoir du changement opéré en eux par ce décentrement à l’étranger. Ils étaient d’une grande vulgarité dans leurs propos et leur atavisme local s’en trouvait comme renforcé. A quoi bon partir si loin pour garder les yeux fermés ? Ecouter encore d’autres moins jeunes résumer leurs escapades à travers le monde en déroulant la liste des meilleurs restaurants et hôtels, m’inviterait à ne jamais quitter la chambre. La critique est facile, la jalousie aiguise ma sévérité. Il me faut faire preuve de nuance et avouer que l’art du voyage n’est pas aisé et l’art de raconter son voyage plus que délicat. Sans doute, idéalisé-je  trop le voyage : j’en attends une révélation, un bouleversement intérieur. Hélas, le plus souvent nous voyageons comme nous vivons au quotidien. Rares sont ceux qui se dépouillent, se dénudent, savent recevoir l’étrange, le tout autre. C’est un don que d’avoir le regard éveillé. C’est sans doute pour cela que j’ai été émue par les propos d’une femme qui disait ne pouvoir aller dans un pays étranger sans être préparée, avoir lu, avoir rêvé ces terres incognitas, avoir décanté des impressions diverses et ensuite seulement partir et se confronter. Elle ne pouvait partir sur un coup de tête, partir là où c’est le moins cher était pour elle une incongruité. Elle devait avoir ruminé longuement les espaces, façonné son désir, lentement comme une vache. Cela réjouissait mon côté terrien. La réplique de Jean-Luc Godard dans Nous sommes tous encore ici, film d’Anne-Marie Miéville m’est immédiatement revenue en mémoire. Ils voyagent et viennent d’arriver dans leur chambre d’hôtel. Ils regardent ensemble par la fenêtre et Godard dit se sentir bizarre : il a voyagé plus vite que son âme. Ils attendent alors que leurs âmes les rejoignent. Suivant ces préceptes, et pour éviter de perdre mon âme lors de ma prochaine escapade à l’étranger, je me suis lancée dans la lecture de Promenades anglaises en vue d’un prochain week end londonien. Evidemment, j’ai déjà parcouru Londres avec les livres de Virginia Woolf mais il me faut en vue de retrouvailles décaper mon approche. Ces pages sont une aide considérable. Son auteur Christine Jordis, responsable de la littérature anglo-saxonne chez Gallimard, est plus qu’un guide. Elle confronte de façon personnelle les mythes anglais, les écrivains, l’Angleterre victorienne avec ses visions contemporaines. C’est un voyage inédit qui m’aidera à faire un nouveau chemin dans les rues Londoniennes, l’oeil et l’oreille aux aguets. Je crois aussi que j’aime les voyageurs « réceptacles ». Ils se fondent dans le décor, ne font plus qu’un avec l’instant, véritables éponges, ils lâchent leur ego pour devenir ce qu’ils observent. C’est chaque fois très émouvant et souvent j’observe que ces êtres que je dirai hédonistes, transmettent dans leur propos de voyage les fruits de cette contemplation. Avec eux, j’ai la folle envie de faire mes bagages pour approcher cette félicité entrevue. 

Christine Jordis Promenades anglaises Points Seuil

 

MARCELLINE ROUX (2013)  marcelline.roux@laposte.net

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