Partager cette chronique:
La librairie.com Amazon Babelio Decitre Fnac Nolim Sauramps Mollat La Procure Ombres blanches
1988 de HAN HAN :

Han Han est un auteur chinois trentenaire qui possède le génie de la communication, celui des affaires et enfin un vrai talent de littérateur. Connaissez-vous un auteur européen qui se paierait sa carrière de coureur automobile avec les royalties de ses romans ? Cela paraît à peine croyable et pourtant c’est exactement ce que fait Han Han.  Depuis plusieurs années son blog est lu par des millions d’internautes chaque jour sans qu’il n’ait fait un seul jour de prison.  Ce garçon sait naviguer entre les vaisseaux amiraux de la censure, ce qui ne l’a pas empêché de voir l’un de ses romans pilonné à sa sortie. Néanmoins il sait doser ses interventions pour conserver sa liberté de penser et d’écrire. En Chine tout est affaire de dosage et force est de reconnaître que Han Han est passé maître dans l’art de l’équilibrisme.  Cependant les choses ne sont pas si simples. Répondant il y a un an à une interview reprise dans Le Monde Han Han s’explique sur son statut :  "Ça fait six ans que je réagis aux événements, et là, je me sens fatigué... Les choses se répètent. Ce sont les mêmes événements, engendrés par les mêmes problèmes. En tant qu'écrivain, je ne peux pas me répéter sans cesse. Ça n'a plus de sens, c'est décourageant de continuer." Il ajoute : "Dire la vérité et se battre avec le gouvernement, les gens trouvent ça excitant pendant un temps. Mais vous savez, les Chinois aiment la nouveauté... Beaucoup d'auteurs sont devenus célèbres grâce à cela. Alors les gens commencent à dire : "d'accord, le gouvernement n'est pas bon, mais vous, pourquoi vous vous battez contre eux ? Pour faire de l'argent ?" Comme eux restent pauvres ou aimeraient gagner plus, ils commencent à penser que c'est une injustice, et ils finissent par croire que vous collaborez avec le pouvoir." On comprend que la situation est loin d’être simple pour les jeunes écrivains ambitieux  qui doivent affronter le cynisme qui pollue toutes les strates de la société chinoises.

Son dernier Roman 1988  est un road novel qui met en scène un jeune journaliste qui part à la rencontre de la Chine profonde,  de ceux dont on ne parle jamais dans un pays où on a vite fait de ne pas exister et sans doute aussi de lui même … 1988 c’est l’année de fabrication de sa voiture avec laquelle il s’en va découvrir son  pays.  Le lecteur en a déjà à peine fini avec les premières pages qu’il se retrouve précipité dans une scène de prostitution ordinaire qui fait un peu froid dans le dos mais qui a le mérite de mettre en évidence que la Chine a beau progresser, l’humanité, elle,  continue à faire du sur place… Scène de prostitution ordinaire aussitôt suivie d’un surgissement narratif qui laisse rapidement songeur quant à la possibilité d’un voyage dans ce pays où dix hommes armés peuvent défoncer la porte de  votre chambre tandis qu’un onzième filme toute la scène… Où l’on comprend que votre liberté  ne vaut pas tripette et que l’on consent à signer n’importe quel document pour échapper au camp de rééducation.

Inutile d’évoquer toutes les péripéties de ce roman qui  bousculent constamment le récit dans sa temporalité. Hélène Arthus la traductrice a su conserver  à la narration cette fraîcheur presque adolescente  qui fait le style de Han Han.  Exercice difficile quand on sait l’infinie subtilité de la langue chinoise  auquel s’ajoute les glissements temporels constants sur lequel va jouer l’auteur du début à la fin du roman. Surgissement du passé qui semble  fonctionner  comme  une alternative  à un présent tissé  d’amertume  et de morbidité.  Le voyage offre au lecteur la possibilité de découvrir une galerie de portraits qui sont autant de plongées dans la Chine des années 1990 – 2000 qui ajoutent au roman une dimension sociologique tout à fait passionnante.  Au terme de ces 237 pages  nous aurons fait une traversée  dans une Chine en pleine mutation  dont nous allons apprendre beaucoup. Le jeune narrateur que nous accompagnons dans son périple  nous révèle  aussi les rêves  d’une jeunesse chinoise qui doit composer avec  une réalité complexe qui évolue rapidement  au pied d’un monstre froid  qui peut broyer définitivement un destin.  Une lecture  par bien des aspects élucidante. 

ARCHIBALD PLOOM  (2013)

 © Culture-Chronique --                                                

--  Le classement Romans CULTURE CHRONIQUE 

--  Les chroniques littéraires Culture-Chronique

--  S'inscrire à la Newletter 

--  Le groupe Facebook CULTURE CHRONIQUE

--  La communauté Facebook CULTURECHRONIQUE

--  Le twitter CULTURE CHRONIQUE   

Partager cette chronique:
Toutes Nos Chroniques
Rechercher par Auteur :