LE RETOUR DE MARTIN EDEN :

 UNE CHRONIQUE DE VINCENT EDIN

Un miracle a eu lieu hier !

Dans une librairie de la rue du Moulin Vert (le Livre Ecarlate pour ne pas la nommer), ce qui est plus improbable convenez-en. Je venais chercher un cadeau pour mon filleul de 4 ans et je lui ai trouvé un truc du rat conteur qu'a l'air fort chouette (j'espère qu'il lit pas ce blog, il croit encore au Père Noël...) et après, je laissais mes yeux fureter dans les rayonnages. Plus mes yeux se baladaient, plus je soupirais. Proust ? Musil, Calvino, boarf... Lowry ou encore Pascal Mercier... Tout lu...

Je ne voyais rien qui me fasse vraiment palpiter et ne voulais pas lire un Christian Oster ou un Column Mc Caan au prétexte qu'un bon petit bouquin par ce temps c'est mieux que rien. Non, je venais de me cogner trop d'essais et un très bon Villas Mata -Le voyage vertical - me disait qu'il fallait que je retrouve la baffe que vous met un "Grand Roman".

Mon libraire le vit et m'alpagua:

-Alors, qu'est-ce qui ne va pas ?

-Boarf, je trouve rien.

-Quel genre ?

-Le genre de baffe, comme quand on découvre "Mars" de Fritz Zorn.

-Vous avez lu Martin Eden ? Jack London ?

A son regard, je ne pouvais pas me planter, je l'achetais les yeux fermés en me promettant de les ouvrir vite pour l'entamer. A la caisse, il me rappelait que j'avais de la chance de ne pas l'avoir encore lu. Il me restait cela à découvrir...

Il y a 12 ans, un quinqua m'avait fait la même réflexion en me voyant plonger dans "Au-dessous du volcan" et je ne comprenais pas, alors... Depuis, je me suis souvent dit que c'était très juste. Que j'enviais ceux qui n'avaient pas encore lu les Karamazov, La Conspiration, La Panoplie Littéraire, les Mémoires d'Hadrien... 

Depuis donc, 24 heures tout juste se sont écoulées et je regrette un peu mon geste comme un affamé doit se dire (je n'ai jamais connu ce problème, merci papa merci maman. Sauf aux Etats Unis, mais c'est parce que je préférais le jeûne au sandwich beurre de cacahuètes confiture) qu'il n'aurait pas dû avaler toute la baguette: je l'ai avalé d'un coup !

J'ai tellement aimé que je pense que me louperais en en parlant trop. Disons que c'est une histoire d'amour d'une fabuleuse intensité, une source profonde de réflexion sur le sens de la vie, le succès, l'estime, l'argent, les rapports sociaux, l'indépendance d'esprit, les codes... Un livre d'une puissance rare qui dit tout cela sans élever la voix, sans la ramener, avec une discrétion telle qu'on avait pas vu arriver cette maudite page 438 qui n'est suivi que de l'achevé d'imprimerie...

Et puis, mais l'on songe toujours à ces choses là après, Martin Eden, a peu de choses près, c'est mon nom. Mon patronyme a une lettre près et, si mes parents n'avaient finalement fait parler leur amour pour Minelli (je ne m'appelle pas Liza...) Martin aurait pu être mon prénom...

Après ça, le prochain risque d'être fade... Soit je me replonge dans Schnapper, soit, foutu pour foutu, je tentes de comprendre pourquoi les gens aiment Eric-Emmanuel Schmitt ou Katherine Pancol, mais j'ai un peu peur de mourir d'hydrocution littéraire...

 

VINCENT EDIN (2010)

 

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