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SOUS L'AILE DU CONCOMBRE d'Henri GIRARD :

"Sous l'aile du concombre" est l’un de ces romans qui sortent complètement du contexte littéraire germanopratin qui nous offre depuis une vingtaine d’années la même proposition romanesque  obéissant à une recette identique à celle du quatre-quart : un quart de narcissisme, un quart d’amour malheureux, un quart d’insomnie, un quart d'écriture glacée. Cette recette appliquée en traitement vigoureux a fait de la France, autrefois grande terre de littérature, un petit champ aride qui n’intéressera plus que des universitaires spécialisés dans l’autofiction ou l’écriture blanche.  Difficile de lutter contre cette tendance qui semble désormais irréversible.

   “Sous l'aile du concombre” n’obéit pas à cette loi commune qui consiste à vouloir transformer la littérature en triste mouroir.  Henri Girard n’a pas oublié que Rabelais a écrit il y a quelques siècles Gargantua et Pantagruel. Il n’a pas oublié qu’être littéraire n’empêchait pas d’être truculent.   Les personnages de son roman sont  pleins d’excès et de mauvaises habitudes, en particulier le narrateur Hubert hypocondriaque et autodidacte qui nourrit une attention toute particulière pour le joli postérieur des dames.  Effectivement Rabelais n’est jamais très loin.  Reste que  l’héroïne principale de ce roman est la vie même, cette vie qu’Hubert  tente d’apprivoiser mais qui, malgré ses talents de séducteur , semble vouloir se refuser  à lui.  Le lecteur rencontre au fil des pages les personnages qui comptent ou ont compté dans la vie d’Hubert, des personnages qui parfois ont un rapport bien à eux avec l’existence comme ses parents qui vivent séparés à quelques mètres l’un de l’autre mais continuent à faire preuve de la plus grande attention vis à vis de sa moitié perdue.  Le grand-père aussi, le fameux Papou “coco-picolo-catho” qui a donné le titre de soviet à son ballon de rouge.  Joseph, dit le Comcombre, le grand ami d’Hubert qui est aussi gros qu’il est bon va passer une alliance avec Marine la nièce de ce dernier pour forcer les portes de son bonheur. Et n’oublions pas Milady l’amante aux voluptueuses courbes qui déposent ses valises dans l’existence tourmentée d’Hubert car Henri Girard ne néglige rien des plaisirs de la vie dans ce roman kaleïdoscopique qui fait tourner les personnages et les situations dans une ronde merveilleusement colorée ou les matchs de football tournent au tragi-comique et où la tendresse des mots et des sentiments finit par tout emporter.

   Notre difficulté à entrer pleinement dans la vie, à faire confiance à nos qualités est l’un des thèmes qui rend ce roman tout à fait attachant et puis un auteur qui reconnaît par personnage interposé  qu’il n’a jamais rien compris auUlysse de Joyce, ce qui est une preuve de loyauté envers soi-même et envers l’ensemble de ses lecteurs, mérite qu’on lui consacre quelques heures de lecture.

Archibald PLOOM © Culture-Chronique

 

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