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1915 L'ENLISEMENT de JEAN-YVES LE NAOUR :

Jean-Yves Le Naour, grand spécialiste de la première guerre mondiale, a entrepris de rédiger une somme historique sur ce conflit dont la mémoire reste encore vive dans notre pays. 1915, L’enlisement est le second volume de cette oeuvre colossale qui tente de renouveler l’approche factuelle de cette guerre qui broya les corps et les esprits pendant des dizaines de mois et  où chacun des protagonistes  offrit en pâture à la guerre les plus belles années de sa jeunesse.  Le premier volume 1914, La grande illusion marquait déjà les contours d’une tragédie qui s’annonçaient, à travers les aveuglements des uns et des autres, les décisions irrationnelles, les affrontements entre forces politiques, les égoïsmes nationaux enfin.  Joffre en prenait déjà sévèrement pour son grade.  Dans ce nouveau volume  Jean-Yves le Naour approfondit son enquête en mettant en lumière l’incapacité de l’état major français à comprendre l’influence de l’armement sur les combats.  La vision chevaleresque de la guerre basée sur le courage ne vaut plus tripette face au feu roulant de la mitrailleuse lourde. Les soldats tombent par vague sans que les généraux ne changent réellement leur stratégie.  Le concept de guerre d’usure développé par l’état major est rapidement mis en cause par de nombreux officiers en prise avec la réalité des combats : “ Les avis les plus sévères viennent aussi des officiers, et non des moindres, qui ne croient plus ou n’ont jamais cru dans le fallacieux dogme de l’usure et qui ne se font plus d’illusions sur le génie de celui qui les commande.”  Et il faut le reconnaitre Joffre n’a rien d’un génie à tel point d’ailleurs que certains généraux très titrés n’hésitent pas à désobéir à ses ordres,  comme Lanrezac en août 1914 qui bat en retraite à Charleroi contre les ordres de son commandant en chef et sauve son armée, permettant sans doute  le rétablissement sur la Marne.  Rétablissement impossible si son armée avait été anéantie quelques jours plus tôt. 

   A partir d’archives des RG non encore exploitées, Le Naour explore l’ensemble de la réalité  de cette année 1915 qui débouche sur la fin de l’Union Sacrée qui a toujours été une  construction imaginaire qui s’est rapidement fissurée. Aucun front n’est négligé, où l’on voit Mussolini faire son apparition lors de la guerre de Libye qu’il refuse puis appuie  la qualifiant de “guerre des peuples”, démontrant qu’en politique les retournements sont plus rapides que sur le terrain.  L’apparition des gaz aussi, terrible invention qui va transformer la vie des soldats dans les tranchées : “ Le 22 avril 1915,  sur le coup de 17 heures, un épais nuage verdâtre, d’une hauteur de dix mètres et d’une longueur de six kilomètres se dirige lentement sur les lignes françaises au nord d’Ypres, entre Bixschoote et Langemarck. Presque aussitôt, les combattants sont pris de nausées ou suffoquent, la respiration bloquée. Ceux qui tentent de s’enfuir et qui courent en même temps que le nuage s’écroulent quelques dizaines de mètres plus loin.  Les secondes lignes paniquent et bientôt le front est abandonné sur plusieurs kilomètres de profondeur à l’épouvantable nappe de gaz asphyxiant…” Epouvantable génie de la guerre où les vies ne comptent pas plus qu’un obus à l’ypérite…

   Ouvrage  admirablement documenté,  fort bien écrit, généreux  de détails et d’anecdotes, ce 1915  est un grand livre qui dévoile au lecteur une réalité bien différente de celle de l’histoire officielle.  Celle d’une année meurtrière où le pays se creuse de tombes d’hommes jeunes et vigoureux, où les femmes deviennent veuves par milliers, où les orphelins ne se comptent plus. Pour beaucoup ces morts sont le fruit des impérities d’un état major souvent inconséquent stratégiquement, nul quant à la nécessité de faire évoluer l’approche au feu face aux nouvelles armes, toujours indifférent à la catastrophe  démographique qu’il initie.  Jean-Yves Le Naour devient au fil des pages un enquêteur implacable et sans pitié pour ces généraux qui moururent tous dans leur lit. On en ressort lessivé mais à la différence des soldats de la der des der, toujours vivants …. Triste année donc mais grand livre ! La mémoire de nos poilus valait bien ces 400 pages de vérité….

BERTRAND JULLIEN  (2014)

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