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LE ROI, LA COUR ET VERSAILLES d'Alexandre MARAL :

   Rares ont été les résidences du pouvoir en France d’une taille  aussi considérable que le château de Versailles qui ont été réalisées dans un temps aussi court . Unique commanditaire   le roi soleil imagina l’ensemble, y vécut et y mourut.

   Alexandre Maral nous propose une remarquable visite  au coeur même de ce centre de la monarchie imaginé par le plus grand des Bourbon et qui restera le palais des rois jusqu’à ce que le peuple de Paris ramène la famille royale pendant la révolution aux Tuileries.

   En 1682, Versailles devient la résidence permanente de la cour et du gouvernement. L’historien décrit avec minutie la subtile géographie du pouvoir  qui va s’organiser au coeur du palais, la répartition des services, les processus de décision,  les préséances, les disgrâces. “L’image d’une mécanique immuable, imperturbablement répétée de jour en jour, s’est imposée à la faveur  de la célèbre remarque de Saint-Simon : “Avec un almanach et une montre, on pouvait, à trois cents lieues de lui, de dire ce qu’il faisait.” Or, cette image est inexacte : si la journée du souverain suivait un cours ordinairement réglé, elle pouvait à tout moment laisser  place à l’imprévu. Maître du temps de Versailles, le roi en définissait chaque jour le déroulement. La mécanique était ainsi une création permanente et susceptible d’être quotidiennement renouvelée.”

   Versailles est aussi un lieu où la distance entre les représentants de la cour est le fruit d’un savant calcul royal destiné à souligner  les grâces accordées aux uns et les disgrâces  qui foudroyaient les autres. Saint-Simon  sur cette question  est très clair : “Les fêtes fréquentes, les promenades particulières à Versailles, les voyages furent des moyens que le roi saisit pour distinguer et pour mortifier en nommant les personnes qui à chaque fois  en devoient être, et pour tenir chacun assidu et attentif à lui plaire. Il sentoit qu’il  n’avoit pas à beaucoup près assez de grâces à répandre pour faire un effet continuel . Il en substitua donc aux véritables d’idéales, par la jalousie, les petites préférences qui se trouvoient  tous les jours et, pour ainsi dire, à tous  moments, par son art. Les espérances que ces petites préférences  et ces distinctions  faisoient naître, et la considération  qui s’en tiroit, personne ne plus ingénieux que lui  à inventer  sans cesse ses sortes de choses.”

   La cour de Versailles  est le lieu où se font et se défont les réputations, les disgrâces sont irrévocables  mais l’historien nous fait découvrir aussi d’autres aspects moins connus  du commerce qu’on pouvait y faire car la cour est le lieu où il faut être pour faire avancer ses affaires . “C’est auprès du souverain que les places vacantes étaient déclarées avant d’être pourvues. Cette loterie  des grâces royales fut aussi, bien souvent une foire d’empoigne, le nombre des postes à pourvoir étant en général inférieur à la demande  : les personnes présentes à la cour avaient l’avantage sur les autres de pouvoir présenter leur requête à temps, d’utiliser les canaux adéquats pour obtenir satisfaction. Concernant les fonctions curiales, le système de la cour fut à l’origine d’une tendance aux recrutements internes : cette relative absence de renouvellement au service du roi manifestait, on l’a vu, la force de certaines familles aristocratiques, dont la légitimité était pour ainsi dire sanctionnée, sinon fondée. “ A ce titre  Alexandre Maral signale que Louis XIV, pour fixer les membres de la noblesse à Versailles, multiplia les avantages fiscaux  mais débordé par son succès, ce système dut être par la suite strictement réglementé.

    Par ailleurs les rois avaient tous leurs passions qui transparaissent dans les aménagements du palais. Ainsi en 1749, Louis XV fit construire une nouvelle ménagerie à Trianon : “passionné par l’aviculture et la zootechnie  influencé par les travaux de Buffon et de Daubenton, le souverain y fit placer des animaux de ferme.” De son côté Louis XVI est plus modeste  mais passionné par les sciences il se fit aménager des espaces d’études dans ses petits appartements : “ un cabinet de géographie, doté d’une table  de dessin, un passage des cartes, un cabinet de chimie avec sa hotte en tôle qui existe encore aujourd’hui, un cabinet de physique,  qui fut transformé en 1785 en cabinet d’artillerie, garni d’armoires grillagées pour permettre la présentation des modèles réduits.”

   Versailles est aussi un palais des arts  et un moment de perfection des arts français  avec les jardins de le Nôtre,  le palais édifié par Le Vau puis François II d’Orbay et décoré  par Le Brun. Le classicisme à la française est alors à son faîte.  C’est aussi le lieu de l’éphémère avec les créations de Lully, de Molière ou de Racine.

   Cependant le temps passe et les temps changent. En définitive seuls trois rois auront vécu dans ce Palais au 2300 pièces et la révolution sans conduire à sa destruction sonnera le glas d’un Versailles comme lieu central du pouvoir.  Ainsi  faudra-t-il se rappeler  cette formule prophétique de La Bruyère citée par l’historien en guise de conclusion : “Dans cent ans le monde subsistera encore dans son entier. Ce sera le même théâtre et les mêmes décorations, ce ne sont plus les mêmes acteurs. Tout ce qui se réjouit sur une grâce reçue, ou qui s’attriste où se désespère sur un refus, tous auront disparu de dessus la scène.  Il s’avance déjà sur le théâtre d’autres hommes qui vont jouer dans une même pièce les mêmes rôles. Ils s’évanouiront à leur tour. Et ceux qui ne sont pas encore, un jour ne seront plus. De nouveaux acteurs ont pris leur place.”

  “Le roi, la cour et Versailles” nous propose près de cinq cents pages d’une passionnante exploration de ces cent années qui ont fait la gloire de ce palais qui vit naître et disparaître une certaine idée du pouvoir et de sa représentation. Un siècle et un lieu qui contribuèrent beaucoup à la gloire de la France devenue depuis républicaine mais qui conserve à travers ce palais l’un des joyaux de son histoire. A lire absolument.

BERTRAND JULLIEN  (2014)

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