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LE MONDE SELON CHENG de STEPHANE REYNAUD :

Pourrez-vous encore vous engager sur un voyage à prix cassés sur internet, profiter d’une offre discount chez votre opérateur téléphonique ou même lire la presse gratuite de la même façon après avoir lu ce petit livre de Stéphane REYNAUD, journaliste au Figaro et auteur de plusieurs essais, dont un sur le low cost, et dont c’est le premier roman ?

Il est en tout cas probable que vous réfléchirez à deux fois avant de franchir le pas, voire y renoncerez-vous, ce qui est sûrement l’objectif recherché par l’auteur. En s’attaquant à ce thème sous la forme du roman plutôt que d’un essai savant et probablement plus ardu, Stéphane Reynaud souhaite sûrement s’adresser directement au consommateur de low cost sur lequel il porte un regard très critique et parfois un peu méprisant, il faut bien le dire.

Il n’en reste pas moins que l’ensemble est bien construit et que la démonstration est on ne peut plus claire et efficace, avec une bonne dose d’humour.

Dans ce conte économique, un personnage central, Cheng, petit garçon du royaume de Camelote, accompagné de celle qui sera bientôt sa bien aimée, Ingrid, hôtesse de l’air de la compagnie low cost Fricoule navigue au cœur d’un système mondialisé peu féérique, dominé par la dictature des coûts bas. Ils côtoient une multitude de personnages ayant perdu tout contrôle sur leur consommation ainsi que quelques résistants qui ont compris «qui tirait les ficelles» de ce monde déshumanisé et dénué de tout bon sens, mais qui sont impuissants à le changer.

L’auteur assène sa démonstration en décrivant un monde économique dans lequel vous ne manquerez pas de penser à des firmes bien connues et bien réelles celles là, même si elles ne sont pas citées. C’est le « top modèle économique ». Vous passerez par l’hôpital où l’on « héberge » gratuit ou presque (mais sans soigner) ; vous vous interrogerez sur le principe de la presse gratuite qui, devant être lue par tous et payée par personne, doit attirer le lecteur par quelques scoops qui n’informent sur rien, mais dont l’important est qu’ils soient noyés au milieu des nombreuses publicités qui la financent. Vous pourrez également ressentir un peu de gêne à dire que vous avez « fait » l’Italie ou St Domingue à prix cassés…

Le personnage de Cheng, nouveau Candide d’un système mondialisé, ira jusqu’à ébranler les idées généreuses que vous vous faites peut être encore sur l’éducation ou le mariage, et là, au-delà des marques, ce sont des hommes politiques bien connus et bien réels qu’il vous semblera reconnaitre.

Même si à la fin les héros ne se marient pas et n’ont pas beaucoup d’enfants, il n’en reste pas moins que le conte a une morale que je vous laisse découvrir.

Bref, ce petit livre pourra vous conforter dans vos opinions et sera en ce sens jubilatoire, ou bien il vous hérissera le poil, mais soyez certains qu’il ne vous laissera pas indifférent. C’est probablement ce que souhaite l’auteur qui vous provoque afin de vous amener à repenser votre modèle de surconsommation.

Marie-Paule DELPEUX (2013)

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