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ANTOINE SILBER POUR "LES CYPRES DE PATMOS" (2) :

Archibald Ploom : il  y a une dimension spirituelle, voire mystique dans votre livre …

Antoine Silber : Patmos est un endroit assez fou et on peut vite y devenir fou soi-même. Je voulais prendre en compte cette dimension spirituelle, mais pas non plus me perdre dans la folie mystique et joannique. Et je craignais que ce petit livre ne m’éloigne du projet autofictionnel auquel je me suis attelé.  J’ai cette chance, ce privilège de pouvoir exprimer pour le plus grand nombre, ce que je vis. J’achète une maison, je raconte. Je plante des cyprès, je raconte. Je m’engueule avec Laurence, je raconte. J’aime Laurence, je raconte. Je suis ivre de soleil, de plaisir, ou de retzina, je raconte. Et cela démultiplie mon plaisir. Formuler les choses amplifie la sensation qu’on en a. Mais je tiens à ce que tout ce que j’écris soit vrai ou le plus proche possible de la réalité.  

Archibald Ploom : Vous diriez que ce que vous écrivez est de l’auto-fiction ?

Antoine Silber : L’autofiction, c’est la mise en scène ou la fictionnalisation d’événements réels, ce qui ne veut pas dire qu’on peut faire ce qu’on veut de la réalité, y mettre tous ses délires. Il s’agit au contraire d’utiliser les codes et les techniques de la Fiction pour raconter cette réalité, c’est ça l’autofiction et pas autre chose. En ce sens je fais de l’autofiction mais je me sens proche d’Annie Ernaux qui, elle, réfute ce mot. Elle a lu mon livre, d’ailleurs. Elle me citait à son propos une phrase de Gide sur les livres, tirée des « Nourritures terrestres » : «  il y  en a qui, lorsqu’on les lit, semblent luire » C’est joli, non ? Et flatteur surtout. Mais Annie Ernaux est une femme merveilleuse, je lui dois beaucoup…

Archibald Ploom :  Patmos c’est l’autre vie, celle que nous rêvons tous quand nous voudrions que tout s’arrête… Mais vous, vous avez vraiment choisi cette vie ailleurs…

Antoine Silber : Je vis prés de six mois par an à Patmos mais cela ne veut pas dire que j’ai fui. Disons que Paris est ma vie, et Patmos mon refuge. Paris le lieu de mes ennuis et de mes emmerdes et Patmos, celui de mes amours. Paris est ma base et Patmos mon rêve ….

Archibald Ploom : Il y a aussi le scooter  que vous laissez parfois des semaines sur le port avant de revenir  et que vous retrouvez toujours à votre descente du bateau qui vous ramène à Patmos.

Antoine Silber : Le scooter ça rajeunit. Je vieillis à Paris, je rajeunis à Patmos.  Là-bas, on roule sans casque, quel plaisir. On coupe le moteur dans les descentes, comme on le faisait dans le temps en France à la campagne. La Grèce est un pays génial où on laisse ses clefs sur son scooter quand on se gare. Et personne n’y touche.

Archibald Ploom : Les portraits que vous faites de vos amis grecs font parfois hésiter le lecteur entre la stupéfaction et l’éclat de rire. Ce sont pour le moins des personnages contrastés.

Antoine Silber : Theodoros Maniotis, mon architecte est un vrai dingo mais l’homme le plus talentueux et attachant qui soit.  Mon  ami l’hôtelier Dimitri qui nous a aidé à obtenir l’électricité est un homme magnifique.  Mon autre voisin Georges, qui a été ambassadeur de Grèce en Australie est très drôle et il parle français mieux que vous et moi. Oui la Grèce est pleine de gens extraordinaires !

Comme disait Henri Miller qui était fasciné par ce pays : les Grecs sont les derniers hommes libres !

Archibald Ploom : On marche dans vos pas, dans ceux de Saint Jean, on se laisse gagner par la gentillesse et l'imprévisibilité des Grecs, on sent soudain quelque chose de l'éternité du monde…. Et puis vous êtes toujours avec Laurence.

Antoine Silber : Ce  que je retrouve peut-être là-bas, c’est l’atmosphère du village dans lequel j’ai été élevé. A Neauphle-le-Château, dans les Yvelines. Mais voilà : je ne connais plus personne à Neauphle tandis qu’à Patmos tout le monde me connaît. En fait, il n’y a plus de village chez nous ! Il a fallu que j’aille en Grèce pour trouver mon refuge et mes amis. Mon chez moi, Mon « heimat », comme disent les Allemands.

Archibald Ploom :  On a un peu l’impression que le temps n’a pas de prise sur les habitants de l’Ile. Les choses semblent aller leur cours, comme un éternel recommencement que l’histoire affecte à peine.

Antoine Silber : Oui,  comme si Patmos était hors du monde….

Archibald Ploom : Vous abordez la crise qui vient frapper la Grèce de plein fouet, les habitants l’encaissent avec beaucoup de fatalisme, et pas mal de débrouillardise.

Antoine Silber : Et je dirais : de philosophie. Philosophie, un mot grec !  Vous savez les îles grecques, ces îles du Dodecanèse, étaient il y a vingt ans encore  la partie  la plus pauvre de l’Europe. Les Grecs des îles étaient des pauvres hères obligés d’émigrer, ils allaient s’employer comme serveurs ou cuisiniers à New York, colonisaient Houston au Texas ou Darwin en Australie. Et puis grâce au Tourisme et à l’entrée dans l’Euro, ces îles se sont mises à briller, elles se sont enrichies incroyablement vite. Tout le monde s’est construit sa maison et une autre  aussi pour les enfants. Aujourd’hui, la Crise frappe durement la Grèce et Athènes où c’est l’horreur, mais Patmos semble plutôt épargnée. Même   s’il ne faut pas oublier que plus de la moitié des jeunes sont sans travail  …. 

Archibald Ploom :  On sent que vous êtes rapidement agacé par les propos de certains de vos amis parisiens sur les responsabilités  grecques dans la crise.  

Antoine Silber :  Parce qu’il y a chez nous comme dans toute l’Europe du Nord  une méconnaissance profonde de ce pays, méconnaissance qui ressemble à du racisme. On va en vacances en Grèce. On profite du soleil grec. On revendique l’héritage grec. Mais on est tout près de se dérober dés que la Grèce appelle à l’aide ! 

Archibald Ploom : Quand la journée est finie à Patmos, il y a la nuit. Vous écrivez de très belles pages sur cette nuit grecque.

Antoine Silber : Laurence  aime beaucoup dormir dehors, sur le toit de notre maison. A l’ombre de nos cyprès. Ou dans le sable de Psiliammos, en regardant les étoiles filantes tomber dans la mer…. Psiliammos, c’est cette plage de sable blanc dont je racontais les délices, le plaisir qu’on y prend, dans mon premier papier pour Culture Chronique. Psiliammos, la plus belle plage du monde !

Archibald Ploom : La conclusion de votre ouvrage laisse supposer que rien de grave ne peut arriver à Patmos, celui qui s’y arrête a déjà gagné l’éternité et ne perdra jamais l’amour.

Antoine Silber : Une fois, un maçon, Christodoulos, à qui je racontais que je venais d’acheter ma maison, m’a dit «  vous avez de la chance de l’avoir achetée à Patmos ! »  Comme je lui demandais pourquoi, il m’a répondu : « Mais parce que c’est Patmos ! Parce que Patmos est magique ».

On dit que cette île  est la porte du paradis. Mais pour moi qui ne croit ni en dieu ni au diable, Patmos, c’est d’abord une manifestation exceptionnelle de la beauté. Une beauté confondante, toujours renouvelée. Au fond l’île n’a pas changé depuis trente ans, depuis que j’y vais, sauf qu’elle est de plus en plus belle. Chaque année plus belle.  J’espère vivre encore trente ans, voire plus, voire jusqu’à cent-vingt ans, pour la voir encore s‘embellir. Comme Christodoulos, je crois que Patmos est magique ! Je vis une histoire d’amour avec cette île. Et je vis une histoire d’amour tout court. C’est cette double histoire d’amour que j’ai essayé de raconter dans ce livre.

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