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AVEC LES HOMMES Un roman de Mickaël HIRSCH :

C’est à Brest que nous embarque Mickaël Hirsch pour ce très beau roman qui saura vous enchanter, vous surprendre et même vous choquer, pour peu que vous vous laissiez manipuler par ses 122 pages d’une écriture riche, ciselée et efficace.

Le narrateur, un écrivain reconnu est invité pour une lecture de son dernier roman dans une librairie brestoise. Il rencontre alors – par un pur hasard semble-t-il- Paul Rubinstein, un « ami » qu’il a connu lors de ses études à Normale Sup il y a une vingtaine d’années. Lui concrétisait son parcours professionnel alors que Paul abandonnait ses études et ses ambitions littéraires.

Dans un bar de la rue de Siam, ce dernier lui confie alors sans aucune retenue l’histoire de son existence malheureuse, ne négligeant aucun détail de ses humiliations ou de la honte qui l’a habitée après une déception amoureuse somme toute banale, et une vie qui s’inscrit dans un « suicide social » car  vécue en bouc émissaire permanent de ses semblables, en « amoché de l’amour ».

L’écrivain l’écoute avec l’attention de celui qui pourrait en faire un roman et l’arrogance de celui qui se croit finalement supérieur. Le récit qu’il restitue   est sarcastique, cruel parfois, dans l’observation de celui qui semble se complaire dans son mal être et qui fait figure de raté à côté de l’auteur reconnu qu’il est devenu, même si sous la carapace de la réussite sociale transparaissent peu à peu les doutes et les frustrations.

« La toute première chose dont il voulut se délester fut l’amour malheureux comme autrefois les dockers, sur les quais de Recouvrance, vidaient le ventre des navires avant d’engrosser les filles. Je l’écoutais distraitement, refusant tout à fait de transvaser sa peine, habitué que j’étais au harcèlement des souvenirs. Avec l’écriture, j’étais devenu la proie des mythomanes et des assoiffés. Partout m’attendaient inévitablement les aphasiques et les frustrés, les notaires poètes et les dentistes cocus cherchant un réceptacle pour leur litanie. »

En effet, au-delà de l’histoire d’amour de Paul, c’est un regard plein de dérision qui est porté sur le travail d’écrivain et plus globalement sur l’illusion de la réussite sociale et l’arrogance qui peut l’accompagner.

Le roman vous entrainera dans un kibboutz en Israël où l’amoureux éperdu tente de faire un point à la fois sur son expérience malheureuse et une judaïté qu’il semble découvrir.

La difficile relation à l’autre, les différences de classe sociale, l’amitié, le voyage sont autant de  thèmes qu’aborde et fait évoluer le narrateur au fil du récit.

Alors que les descriptions physiques sont inexistantes,  l’auteur s’intéressant exclusivement à l’aspect moral des personnages, la Bretagne, en toile de fond, est décrite avec le même souci du paradoxe que l’ensemble du roman : visions sans concession sur la pluviométrie ou le brouillard brestois, paysages de rêve livrés à la rigueur de la nature.

Dévorez sans tarder ce roman,  riche tant dans son style jubilatoire que dans les nombreux thèmes de réflexion qu’il soulève et qui sait d’une histoire sombre, faire un message d’espoir.

Marie-Paule DELPEUX 

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