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LES CARNETS DE LECTURE DE MARCELLINE ROUX (10) :

Déjà 10 chroniques ! Cet exercice demande une certaine discipline et parfois, comme toute contrainte, rebute. Il serait tentant de laisser filer les lectures et de ne pas faire retour au clavier ou au carnet...Alors, 10 est un cap franchi. Disons que ce carnet n’est pas encore entré dans des habitudes au point de ne plus pouvoir en sortir, disons qu’il commence à s’installer et, quoi de mieux pour un numéro 10 que d’en faire un spécial « sagesse ».

Rien de rébarbatif sous cette appellation, ni de bien pensant ! J’emprunte les réflexions à Roger-Pol Droit, dans son livre Les héros de la sagesse. Ce philosophe, à partir de grandes figures telles Socrate, Diogène, Bouddha et d’autres, s’interroge sur ce qui fait un sage. Ni parcours tracé, ni images rassurantes. Ces sages sont étranges, dérangeants, décapants et l’on se demande si aujourd’hui ce type d’homme aurait encore une place. Notre monde a fabriqué des sagesses orientées vers le confort, le bien-être, le soin du soi... Ne serions-nous pas à l’opposé du sage qui cherche à remettre l’homme en questionnement, qui tente de dépasser l’ego et de trouver une place à l’écart tout en se tenant au centre ? Roger-Pol Droit décrit avec simplicité différentes philosophies passées : le cynisme, l’épicurisme, et pose une interrogation sur les discours dominants contemporains. Sa conclusion reste ouverte : « Espérons (...) que parvienne à s’élaborer un jour ce que l’on pourrait appeler une « sagesse de l’ignorance », qui prêterait attention, d’abord, à l’incertitude, qui insisterait sur les limites de nos savoirs, qui accepterait approximations et rectifications dans nos décisions collectives, qui n’emprunterait aux héros de la sagesse ni leur perfection ni leur sublime grandeur, mais plutôt leur humilité obstinée et leur sens de la compassion. Sans oublier leur humour. »

Je ne sais pourquoi j’ai lu dans la foulée le roman de Cathie Barreau Ecoute s’il neige. Sans doute avais-je envie de lecture romanesque après cet essai, et surtout pressenti des personnages d’une force intérieure particulière, à l’écart et dans le monde, leur regard sur une nature proche ou rendue proche. Paul se retrouve seul, après un divorce, dans une maison située dans un hameau, près de la Vivonne, non loin de Nantes. Il renoue, immobile et attentif, avec un jardin, une maison, avec les jours de solitude, et reconstruit une esquisse d’homme. Rien de triste mais du silence, du retrait, un temps d’arrêt pour sentir la vie. Blanche n’est pas loin, dans la maison d’à côté. Elle apparaît étrangement un matin à sa fenêtre, le torse nu, « le visage avide, souriant et paisible à la fois ». Blanche sera pour lui rare, empreinte de musique, d’odeurs, de promenades dans les vignes, une autre façon de voir le monde. Ce très court roman est un art de la fugue, presque anachronique. Les images, les phrases qui le composent pourraient chaque fois être banales tant elles flirtent avec le quotidien mais tout est frais, délicat, d’une poésie retenue, qui entraîne. Deux vies se croisent et se révèlent, tout en gardant leur mystère, loin des histoires préconçues. Refermant le livre, on pourrait ne rien dire, juste vivre, « aller voir jusqu’au bout, malgré ».

Après une lecture envoûtante, j’hésite... comment reprendre ? Ne pas chercher tout de suite un nouveau roman... je serai nécessairement déçue... un livre d’entretiens avec Karlfried von Dürckheim vient de m’être offert et voilà une transition. L’existence est la voie de l’Essence, mais l’existence sans l’essence n’est qu’une croûte. Dürckheim, inspiré d’un maître bouddhiste, DT Suzuki, de maître Eckhart et de C.G. Jung, nous alerte. Il invite avec une chaleur humaine, loin de dogmes désincarnés, à se situer entre l’existence intérieure et celle de la vie extérieure. « L’esprit guide » mais quel esprit ? Quel guide ? Vers quoi ? Ce livre s’inscrit dans notre modernité, la sagesse encore une fois n’est pas là où l’on l’attend. « Tourner la clé de sa voiture » peut y mener dans un rappel à l’ordre, un rappel à sa propre vérité.


Alors, trois chemins à parcourir vers la sagesse ?

Roger Pol-Droit / Les Héros de la sagesse/ Plon

Cathie Barreau / Ecoute s’il neige/ Laurence Teper

Karlfried von Dürckheim / L’Esprit guide/ Albin Michel


MARCELLINE ROUX  (2011)

 

 

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