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TROIS HEURES AVANT L’AUBE de Gilles VINCENT :

    Si l’on prend quelques minutes pour s’intéresser au catalogue des éditions JIGAL on découvre le vivier des futurs  - ou déjà – grands du roman noir français.  Parmi cette pépinière d’écrivains de talent aux écritures fort variées on trouve Gilles Vincent qui nous propose un roman sec comme un coup de trique intitulé “Trois heures avant l’aube”.  La thématique générale nous plonge au coeur de l’actualité de la seconde décennie du vingt et unième siècle : guerre sainte du pauvre, chômage,  affaires de pédophilie,  destins brisés au coeur des cités HLM.   Vincent à partir d’une série de fait divers fait surgir – telle une Vénus pistolet à la ceinture de Botticelli - la séduisante et charismatique commissaire Aïcha Sadia et son partenaire Sébastien Touraine. Aïcha  est le flic récurrent de Vincent depuis maintenant plusieurs romans.

   L’enquête de nos deux flics doit rapprocher les fils de faits qui ne semblent pas forcément avoir de rapport entre eux, faits qui se produiront en des lieux fort distincts les uns des autres, obligeant nos deux enquêteurs à réviser leur géographie de le France. C’est sans doute là la force de Gilles Vincent, être capable en une série de chapitres courts de rassembler trois destins qui vont converger en un point nodal. 

   Il y a d’abord Kamel qui rentre du Pakistan. A peine de retour à Marseille, il va égorger  un militaire français pour mettre son âme en conformité avec Le Très Haut.  Il se trouve qu’en France le concept de guerre sainte est simplement considéré comme un délit de droit commun dès lors que vous faites passer un citoyen de vie à trépas.  Quand la commissaire arrive sur les lieux, elle fait rapidement – grâce à une caméra de video surveillance – le lien entre cette affaire et son neveu Kamel qui a disparu depuis trois mois.

   La seconde affaire se déroule dans le nord de la France, une femme de ménage, Sabrina, va suriner la compagne d’un tueur pédophile, Jean-Marc Ducroix, dont l’avocat a eu le tort d’évoquer l’innocence.  Ce crime à l’arme blanche  signe en lettres de sang l’avertissement à Ducroix : si quelqu’un avait la bonne idée de parvenir à le faire sortir de prison, il serait saigné comme un chien!

   Le troisième fait divers a pour toile de fond la Bretagne où un ouvrier, Gregor Morvan, enlève son patron qui vient de fermer l’une de ses usines à Vannes mettant du même coup des centaines d’employés au chômage dont son kidnappeur.

   Trois drames quasi simultanés dont les instigateurs sont des desperados qui ont fermenté dans le ventre d’une société qui n’intègre plus, qui rejette, qui sépare, qui brise.  Il faut faire vite  car nos trois lascars sont déterminés et les trois enquêtes s’avèrent compliquées.  Vincent nous promène aux trois coins de la France, traçant en quelques formules le portrait de la misère, de l’abandon et de l’indifférence, avant de nous proposer une résolution surprenante trois heures avant l’aube.

   Le style de Vincent que nous avions déjà découvert avec son précédent roman Djebel ne laisse pas au lecteur le temps de fumer une cigarette - même mentholée comme la commissaire Sadia -, tout va très vite sauf la désespérance qui traîne au fond des caniveaux de Vannes, de Valenciennes ou de Marseille…

   Un roman efficace et bien noir qui confirme le talent d’un Gilles Vincent en pleine  possession de son art.

ARCHIBALD PLOOM  (2014)

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