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CARNET 75 : REVENIR A LA MAISON ! :

Hier, je me suis fait un cadeau lors d’une visite rituelle en librairie : le dernier livre d’Antoine Silber « Les Cyprès de Patmos ». Je ne tombais pas des nues : j’avais suivi les premières pages de ce texte sur le site Culture Chronique. J’étais même devenue une lectrice avide de l’été grec revu par Antoine Silber, moi qui pourtant n’ai rien de la fille du sud. J’ai pris goût à prendre des nouvelles de sa maison et de son île. Il est vrai qu’il réveillait mon amour pour les récits de maisons et de huttes en tous genres. D’ailleurs, il complète ma liste des cabanes, en version grecque « spitaki », comme Patmos ma liste des bouts du monde par son aspect d’île éloignée. Au-delà de ce thème de prédilection, j’ai été immédiatement touchée par le ton des phrases : une franchise, sans fioritures, une écriture qui ne cherche pas à paraître. Il faut dire qu’oser s’attaquer à Patmos c’est comme oser réécrire le mythe le plus vieux du monde. Il faut donc la modestie et la délicatesse d’un Antoine Silber pour créer une vision loin des clichés. A la lecture, il m’est plusieurs fois arrivé de me demander s’il s’agissait bien du fameux Patmos avec ses moines orthodoxes retirés du monde tant ce récit prend les chemins de travers. Dois-je résumer le propos ? Dire qu’un homme achète une petite maison qui devient un rêve à vivre avec une femme, face à la mer, au milieu des oliviers et des cyprès qu’il plantera ? Cela fait image d’épinal et ne dit rien. C’est aux détails que se juge un texte et les soit disant personnages secondaires sont ici de véritables clés. L’auteur assume une amusante position de néophyte face à eux, popes et autres grecs insulaires. Les moines d’ailleurs apparaissent et disparaissent au détour d’une page comme au détour d’un chemin. Le sens de ces vies s’en trouve réinterrogé, à la fois quotidiennes presque rudement banales et mystérieuses. Antoine Silber ne joue pas la fascination mystique et avoue tout de go son athéisme, ce qui ne l’empêche pas de manière obsessionnelle et drôle, d’être persuadé que Saint Jean s’est nécessairement établi auprès de la source de son jardin. De même, sa façon de parler des grecs ou de son architecte, avec un certain recul, porte à sourire et à savourer, par ce décalage décapant, ce que l’on nomme, un peu bêtement, art de vivre et qui n’est peut-être qu’une vraie façon de vivre. Dans une actualité où la Grèce se conjugue nécessairement avec le mot crise, on prend inconsciemment l’habitude de voir les grecs plus malheureux que nous, dans une posture de surplomb confortable. Antoine Silber ne cherche pas à inverser les choses mais ses menues observations en contrepoint conduisent quand même à nous faire réévaluer certains de nos critères. Me sont revenus des passages du film de Jean-Daniel Pollet Trois Jours en Grèce. Là encore, c’est un champ contre champ : Pollet filme la Grèce pendant que sévit la guerre la Golfe et intercale des captages des actualités télévisées aux plans filmés dans la lumière grecque. Le chauffeur de taxi, poète, qui accompagne le réalisateur dans sa déambulation méditative, lui dit en roulant le long de la mer que seuls les grecs savent encore faire les choses lentement, que les occidentaux vont trop vite, n’acceptent plus que certaines choses prennent du temps. Ces Cyprès de Patmos seraient donc faussement limpides, sans doute à cause de la source johannique ! L’auteur flirte aussi du côté de l’auto-fiction, passant au tamis les pépites de la vie et de l’amour. Il écrit la vie de couple comme rarement : avec pudeur mais honnêteté, entre mystère et quotidien, sans nier qu’il y a pas mal de pierres râpeuses dans le jardin d’Eden. Bref, ce récit remue l’eau des idées toutes faites tant d’un point de vue politique, économique, spirituel que sur l’intime des couples, tout en demeurant lumineux, honneur à la Grèce, et assez rare pour être remarqué par les temps qui courent justement trop vite du côté de la France.

Je sens que je vais partager cette joie de lecture avec des amies puisque l’on sait aujourd’hui que les femmes lisent. J’ose croire que d’autres auront aussi l’idée d’offrir cette petite source grecque, autre façon d’encourager le travail de deux éditeurs le premier en ligne, le second pour le livre papier.

Antoine Silber/ Les Cyprès de Patmos/ Arléa

Jean-Daniel Pollet/  Trois jours en Grèce / Doriane films

MARCELLINE ROUX 

marcelline2.roux@laposte.net-                                           -

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