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LES HEURES PÂLES de Gabriel ROBINSON :

Entre le blanc et le noir, y aurait-il le « pâle » ?

Le blanc, c’est la vie très ordinaire d’une famille lyonnaise presque stéréotypée. Le père est inspecteur de police entré par accident dans le métier : il remplit un peu par hasard le dossier laissé sur son bureau par un ami alors qu’il a lui-même oublié de s’inscrire dans les temps au concours de pharmacien. Il aimera pourtant son métier, se consacrant sans relâche à la quête de la vérité jusqu’à cet accident cardiaque qui lui imposera une réaffectation dans des postes moins exposés où il aura du mal à se retrouver. La mère est assistante maternelle et l’un et l’autre forment un couple joyeux, chaleureux, multipliant fêtes entre amis ou en famille. Ils ont deux enfants, deux garçons dont l’ainé est le narrateur de cette histoire.

Le noir, c’est la vie cachée de ce père qui un jour s’impose à la famille et la transforme. Il a en effet une existence secrète, un troisième enfant caché depuis 18 ans, une fille qu’il voit régulièrement ainsi que sa maitresse, « l’Autre » qui attendra toute sa vie dans l’ombre des illégitimes. C’est également la mère ravagée, humiliée qui découvre ce mensonge et ne peut l’accepter.

Ce livre est l’enquête du fils. C’est le moyen choisi pour traquer lui aussi la vérité, celle du mystère familial, et ne pas avoir à  regretter, comme Depardon, de ne jamais avoir fait un film sur son père alors que c’était le sujet le plus important de sa vie.

Père et fils, deux façons d’appréhender le monde : le fils a besoin des mots pour affronter la violence, la misère ; il est journaliste et marche cependant dans les pas du père, adoptant notamment le même look avec le blouson de cuir marron à la « Starski ».

C’est bien de la relation père–fils que parle ce roman, d’une relation que l’on devine fusionnelle, essentielle, à la fois constructive et dévastatrice. Dans le quotidien de cette famille, on mesure à quel point on peut croire connaitre l’autre avec qui on a partagé toute sa vie et comment les non-dits peuvent en faire un inconnu.

Le récit mêle avec bonheur scènes de tendresse, d’admiration ou de frustration à l’égard de ce père, tel ce déménagement à Paris pour y prendre son premier emploi, épisode émouvant bien que décrit tout en retenu et sans pathos. La complexité des relations familiales y est omniprésente, renforcée par la vision d’un fils sur l’histoire de ses parents dont il est une « victime collatérale ».

Le style évolue en fonction des événements, utilisant par exemple des dialogues construits dans la continuité, seulement perceptibles par le passage aux caractères en italique. L’impression donnée est alors celle d’une situation oppressante et le sentiment d’être au cœur de la réflexion du narrateur plutôt que son lecteur. L’auteur joue également  de l’absence de ponctuation pour décrire des énumérations ou encore de jeux sur les mots habiles dans le contexte du récit « Vrai/ment ».

Au-delà de l’histoire familiale, c’est la quête du sens de nos décisions dont il est également question : pourquoi faisons-nous tel choix de vie, pourquoi nous y tenons-nous ? Le renard pâle, étrange légende malienne du pays Dogon et personnage en filigrane du récit tente de nous éclairer de sa sagesse en nous disant que nous devons accepter de ne pas pouvoir tout expliquer ni comprendre.

Marie-Paule DELPEUX 

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