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TROIS MILLE CHEVAUX VAPEUR d' ANTONIN VARENNE :

Rooney ! Putain de fainéant d’Irlandais ! Pallacate !

Rooney se leva du banc, traversa la cour en traînant des pieds et se planta devant le caporal.

-      La jument en peut plus, chef. Ya plus un canasson qui tient debout.

-      C’est toi qui en peut plus. En selle !

 C’est ainsi que commence “Trois mille chevaux vapeur” d’Antonin Varenne. Roman énergique à crever les chevaux, roman épique où l’auteur de “Fakirs” suit les chemins d’encre de Conrad, Kipling ou Stevenson, roman des turpitudes humaines où la vengeance est parfois la seule façon de se tirer des ténèbres. Varenne nous entraîne au quatre coins du monde sur des navires où les hommes mouraient par centaines dans des traversées insalubres, malmenés par la brutalité des mers et, quand ils avaient la chance d’accoster, subissaient des destins peu enviables.

Ce sera le cas d’Arthur Bowman, sergent de la compagnie des Indes et sujet britannique, qui se voit confier en 1852 une mission secrète durant la seconde guerre anglo-birmanne. Mais sa petite troupe sera capturée par le chef de guerre birman Mindon Min et ses hommes seront torturés pendant des mois loin de la civilisation dans une jungle pleine de cauchemars, sous les pluies diluviennes de la mousson birmane.  Seuls dix d’entre eux survivront.

Six ans plus tard Bowman vit à Londres où il achève sa descente aux enfers en noyant ce qui lui reste de vie dans l’alcool et les opiacés. Mais un évènements va le remettre en selle : la découverte dans les égouts d’un homme qui semble avoir subi les mêmes tortures que celles infligées  par les hommes de Mindon Min.  Bowman pense que l’assassin est l’un des dix survivants de la tragique aventure birmane. Il décide de partir à sa recherche.  C’est le début d’une course poursuite qui va l’emmener jusqu’aux Etats-Unis.  Varenne nous plonge alors dans l’univers de l’Ouest américain plein de poussière, de crasse et d’individus plus ou moins recommandables. Son écriture se délecte de descriptions réalistes et sonde les profondeurs de l’âme humaine.  On accepterait volontiers une tasse métallique de mauvais café au coin d’un feu de fortune : “Rien n’avait bougé. Les boeufs paissaient dans la clairière au bord de l’eau, retenus par l’herbe grasse plus que par les cordes nouées aux arbres. Le chariot vide, la tente qui s’affaissait, le foyer froid et les deux tombes. Les fleurs avaient été emportées par le vent ou mangées par les bêtes. Les monticules de terre commençaient à se tasser.

Arthur attacha les deux mustangs à un genévrier et se mit au travail. Il tailla d’abord deux croix dans des branches, puis abattit de jeunes arbres. Il lui fallut trois jours pour construire un enclos assez grand pour ses trois chevaux. Le soir, à côté du feu, il se mit à réparer la vieille selle de Fitzpatrick. Près de l’enclos il choisit un emplacement pour sa cabane, adossé à un rocher qui en serait le premier mur.”

Le lecteur déambule avec Bowman dans les grands espaces de l’Ouest, il ramasse les vents de sable et se fait tanner la peau par un cagnard de tous les diables mais en vérité il se régale de cette pérégrination insolite dans une Amérique désormais reléguée au rayon des souvenirs.  Le roman qui fonctionne au départ sur la mécanique de la vengeance va se transformer progressivement en récit de la rédemption, Bowman, au terme de sa quête, trouvant un nouveau sens à son existence.

 Varenne au moment de placer le point final au terme de plus de cinq cent pages de tempête romanesque a dû se murmurer qu’il avait fait du sacré bon boulot…

  ARCHIBALD PLOOM  

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