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LE BLEU DES ABEILLES de Laura ALCOBA :

Le Bleu des abeilles, un titre comme un pas de côté, une manière de ne pas pouvoir parler de ce qui importe vraiment. Pourquoi la couleur préférée des abeilles est-elle le bleu ? Une question mystérieuse qui habite la petite Laura dans ce récit de l’entre-deux.

Entre une Argentine natale et une France fantasmée, entre un père guérillero emprisonné au pays et une mère bienveillante en terre d’accueil, entre enfance et adolescence, entre exil et intégration. Ce court roman est un instantané de vie croqué avec des mots simples d’enfant qui disent pourtant l’indicible : la répression, la fuite, le déracinement, la séparation, l’attente. D’un continent à l’autre se déploie une correspondance prolifique et surveillée entre le père et la fille, tissée de non-dits et de circonlocutions touchantes : des lectures partagées, et ce bleu des abeilles questionné, décortiqué, qui finit par s’enrouler sur lui-même. Contourner l’essentiel pour l’exprimer peut-être plus fort.

L’exil dans la voix
À la fois source de délectation et ennemie redoutable, la langue française est le point de départ du voyage de la narratrice ainsi que le leitmotiv du récit. À l’autre bout du monde, l’intégration s’effectue quotidiennement en territoire connu, au creux de ses propres cordes vocales, en un jeu sensuel et un combat sans merci entre lèvres, langue et palais. La musique qui en sort trahit sans cesse, jusqu’au jour où, enfin, elle trouve une harmonie.

Le Bleu des abeilles est un joli roman qui s’offre, en simplicité. L’écriture oublie les fioritures, glisse, transparente, sans heurt ni détour. Comme si cette période à la fois douloureuse et émerveillée devait être mise à distance par le langage, mise en phrases maîtrisées, mise en mots, pas ceux qu’on a sur le bout de la langue mais ceux qui tombent juste. Trop juste peut-être. On aimerait parfois que la langue claque, que les lèvres tâtonnent. Les cordes vocales vibrent, leur écho résonne dans la boîte crânienne mais reste à distance de la cage thoracique. Laura Alcoba parvient à toucher du doigt, mais ne touche pas toujours en plein cœur.

VANESSA GUSTAW (2014)

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