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CARNET 76 : CHRONIQUE DU JOUR :

 Mon quotidien de lectrice a été modifié depuis plus de deux mois par l’achat d’un livre, Du Jour de Jacques Jouet. Cette durée est ridicule par rapport à celle du pari tenu par l’auteur. Depuis le 1 avril 1992, il écrit chaque jour un poème et cela, il le fera jusqu’à sa mort. Il tient depuis 22 ans et les éditions POL publient six ans de cette production journalière. J’avais lu à leur sortie les trois volumes de Navet, linge, oeil-de-vieux, ignorant tout du pari pris par l’auteur avec lui-même, mais intéressée par la démarche qui faisait se rencontrer la pratique d’un peintre devant une nature morte et celle du diariste qui remplit ses pages. L’envie de suivre l’évolution des navets, posés sur un torchon et accompagnés du fameux outil qui aide à tracer les perspectives, l’oeil-de-vieux, m’avait, au fil du temps, hypnotisée. Ce fut d’ailleurs par ces trois livres que je découvrais l’oulipien Jacques Jouet. Ce qui ne manquait pas de piment dans cette affaire est que le navet voyageait partout avec l’auteur et pour cause. Bref, l’observation méditative du légume m’avait en écho longuement accompagnée. J’avais même eu l’occasion  incroyable de proposer la lecture de quelques uns de ces poèmes lors d’un vernissage d’une amie peintre qui exposait des tableaux de navets ! Grâce à cette lecture, j’ai depuis un magnifique tableau de navet blanc violet dans ma chambre ! Ce n’est toutefois pas mon goût prononcé pour les légumes qui avait déterminé ma lecture, c’est plutôt et déjà ma fascination pour les êtres capables d’ascèse, ou tout au moins de répéter chaque jour un geste symbolique, d’inventer et d’honorer un rituel.  Cet engagement à la répétition inscrit pour moi le sens de notre humanité profonde. Le rituel pose un petit signe hors du flot, du flux, un signe qui est là, quoiqu’il arrrive et surtout s’il n’arrive rien, un signe qui dit que l’homme est capable de cette gratuité, de ce surcroît, de cette offrande visible et invisible mais réalisée jour après jour. Cela m’émeut plus sans doute que l’unicité d’un acte extraordinaire. Voilà pourquoi, il me fallait acheter Du Jour et oser à mon tour tenter de rejoindre, il est grand temps, la communauté silencieuse des hommes ritualisés. J’ai décidé de lire chaque jour un poème Du Jour. J’ai déposé le gros volume de chez POL sur ma table d’écriture et un petit carnet bleu Clairefontaine à ses côtés sur lequel est accrochée ma plume, histoire de garder la trace de mon rituel de lecture en griffonnant quelques impressions, idées ou pensées surgies. Ma modeste ascèse de lectrice consiste donc à lire chaque matin la production jouetienne du jour. Jusqu’à présent, ce moment est matinal et se glisse entre le petit-déjeuner et la douche, comme un suspens avant d’entrer véritablement dans le jour. Je suis suffisamment réveillée après avoir absorbé un café pour tenter d’approcher les subtilités et les méandres de la phrase lue et pas encore encombrée par les paroles du monde. Je ne sais si ce rendez-vous colore le fil de mes pensées ultérieures mais j’ai noté qu’au fil des semaines cette pause de quelques minutes m’est devenue indispensable, « comme de me brosser les dents », aurait dit Jacques Jouet. Je n’ai pas osé me lancer en solitaire dans l’aventure et une autre lectrice a relevé le défi. Nous posons une rencontre mensuelle pour vérifier la tenue des carnets Clairefontaine, faire le point et stimuler notre décision. Il serait beau de former une nouvelle communauté : les lecteurs quotidiens. A l’époque des « flashmob », on pourrait rêver qu’une fois par mois, les lecteurs quotidiens se retrouvent au même moment dans toutes les capitales du monde,  POL aura à hâter quelques traductions, et tous armés d’un carnet Clairefontaine, chuchotent aux passants inconnus un mois de notes de lecture. Peut-être sommes-nous déjà nombreux sans le savoir à lire quotidiennement Du Jour de Jacques Jouet. Je lance officiellement par cette chronique l’appel au rassemblement mensuel Du Jour ! Ainsi tomberont de facto les lamentations sur la disparition de lecteurs de poésie et sur l’absence de poètes engagés.

-- Jacques Jouet / Du jour / Poésie/ POL   

MARCELLINE ROUX 

marcelline2.roux@laposte.net-                                           -

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