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CARNET 77 : LA BIOGRAPHIE COMME ACCÈS AU SAVOIR ? :

Je lis peu de biographies. Je connais des lecteurs amoureux du genre. J’ai décelé en eux une appétence pour l’histoire, don que je n’ai malheureusement pas. Je suis à ma grande honte peu savante en matières historiques. Quand on m’expose dates et lieux, je reste tout ébahie et tente secrètement de ne pas sembler complètement idiote. J’ai tenté à maintes reprises de combler cette béance de savoir mais j’ai l’impression d’être au pied d’un sommet inaccessible. Je suis aussi démunie que celui qui souhaiterait s’initier à la littérature et qui demanderait par quel auteur commencer : Proust, Châteaubriand, Dostoïevski, Shakespeare ? La même innocence ou candeur me saisit et me conduit le plus souvent à renoncer. Je ne sais si cela explique ceci mais je lis peu de biographies. Par le plus grand des non hasards, j’ai lu à la suite deux biographies et donc explosé mon record. Pas de hasard réel en lecture, un fil tiré de lectures précédentes relie souterrainement vers un texte autre. Ma première biographie me fut soufflée inconsciemment par Virginia Woolf et tendue concrètement par une bibliothécaire qui s’apprêtait à ranger l’ouvrage. C’est dans la vie de Katherine Mansfield, croisée par Virginia Woolf, vie écrite par Gisèle Bienne, que je suis tombée. Faut-il d’ailleurs parler de vie pour Katherine Mansfield, atteinte très tôt par la tuberculose ? Elle a désespérément cherché la lumière du Sud, l’air pur, la vie par l’écriture pour s’extraire coûte que coûte de sa condition de malade. Elle refuse avec courage et audace, au risque même de sa survie, les mises à l’écart en sanatorium, expérimente des traitements nouveaux. Elle combat seule, accompagnée par une femme dévouée, sorte d’infirmière-gouvernante,  mais peu soutenue par son mari que la maladie effraie. Heureusement assurée par une fortune personnelle, elle passera de lieu en lieu, de l’Angleterre au Sud de la France par la Suisse, de maisons en chambres d’hôtel. Cette biographie écrite avec délicatesse par Gisèle Bienne est finalement un hymne à la condition du retrait, à la condition de l’écrivain.

Toujours côté femme, j’ai lu ensuite la biographie d’Aliénor d’Aquitaine par Jean Flori : changement d’époque, changement de condition, pas de retrait pour Aliénor, reine deux fois, partie combattre en croisade aux côté de son époux, mère de très nombreux enfants dont le fameux Richard Coeur de Lion. Qu’allais-je donc faire dans cette lecture, moi l’ignare en histoire ? Je me préparais à un événement littéraire autour des gisants d’Aliénor et des Plantagenêts prévu à l’Abbaye de Fontevraud. Je ne peux débarquer dans ce contexte en pure béotienne. Je veux goûter aux inventions littéraires des auteurs : j’avais donc besoin de connaitre la vie de cette femme hors du commun. Et puis vivre quelques temps en compagnie d’Aliénor n’a rien d’ennuyeux : cette femme a non seulement épousé deux rois, celui de France et celui d’Angleterre, a sillonné l’Europe du Moyen-Age, bouleversé l’exercice du pouvoir et de sa transmission mais aussi influé activement sur les champs artistiques et littéraire. Le temps Aliénor d’Aquitaine évoque évidemment le temps des chevaliers, des figures légendaires de Lancelot, Merlin, de la fine amore et de la reine Guenièvre. Quand la biographie historique flirte avec la littérature, je navigue plus aisément en ses pages. Qui sait si en plus, je ne vais pas finir par acquérir quelques repères chronologiques de l’histoire de France. Je n’ose croire que je n’aurai plus ce regard perdu lors de discussions sur cette période. Il faut avouer que Jean Flori fait un travail remarquable de précision et explicite à chaque fois ses sources, prenant grand soin de mettre en perspective légende et traces objectives. Son ouvrage n’évacue pas l’apport des romans de Chrétien de Troye, ni les écrits du cycle arthurien mais il questionne l’imbrication de la création littéraire et les faits historiques. L’un n’est pas le simple reflet de l’autre, l’un ne naît pas de l’autre mais histoire et la littérature avancent ensemble s’influençant. Quittant mes biographies, je me suis dit que je pourrai retenter l’expérience : la biographie est sans doute un genre qui m’aura ouvert une petite brèche du côté de l’histoire.

-- Gisèle Bienne / Katherine Mansfield dans la lumière du Sud/ Actes Sud

-- Jean Flori / Aliénor d’Aquitaine : la reine insoumise / Biographie Payot.

MARCELLINE ROUX 

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