Partager cette chronique:
La librairie.com Amazon Babelio Decitre Fnac Nolim Sauramps Mollat La Procure Ombres blanches
BROUILLARD de Jean-Claude PIROTTE :

Brouillard, lit-on en exergue : « livre de commerce où l’on note les opérations à mesure qu’elles se font ». Pas si simple. Lire Jean-Claude Pirotte, c’est accepter de se perdre entre autobiographie et fiction, fantasme et réalité, c’est accepter d’errer dans la géographie et la chronologie. Quelques jalons ont fini par être posés au fil de l’œuvre : Bourgogne, Hollande, famille d’accueil, vin, compagnes, amis. L’auteur voudrait ici nous amener à croire un peu mieux au récit de ses « aventures », grâce aux balises que sont des pages de journal insérées dans une narration au présent. Drôle de journal tout de même, très approximativement daté (« carnet 1963 », « carnet automne suivant », « carnet non daté »), écrit le plus souvent au passé et parfois dialogué. Le récit saute (je pense au saut d’une chaîne de vélo, qui fait brutalement changer le cycliste de vitesse ou le fait dérailler) d’une époque à une autre de manière assez anarchique, au gré des humeurs ou des associations d’idées du narrateur qui, au début du récit, se dit malade d’un cancer. L’occasion était belle de mettre en ordre sa vie. D’ordre, il n’y aura pas. Mais l’on retrouvera tout ce qui fait la richesse de l’étoffe pirottienne, vêtement de fête rapiécé mais chatoyant : gravité, dérision, fanfaronnade, ressassement. Apparaissent, à la manière de personnages de théâtre qui jouent une scène puis viennent saluer : une première épouse à peine sortie de l’adolescence, qui détruit les livres, les carnets, les manuscrits de l’écrivain en devenir, qui tentera de se suicider, puis se tuera vraiment dans un accident de voiture, une petite fille sans nom élevée par un père plus ou moins désœuvré, plus ou moins écrivain, un garde-champêtre qui se pend et que l’on dépend régulièrement, jusqu’au moment où il réussira son projet, quelques malfrats, des parents inattentifs. Chacun joue un jeu dangereux, s’y prend aussi mal avec la vie qu’avec la mort.   « Je me ressers du café. Je rallume un mégot. Je fais en somme ce que je veux, conscient du pire, mais aussi, paradoxe, du meilleur. Si peu de chose. « Si peu » écrivait Jean Gosjean. « ce frêle bruit » titrait Jaccottet » ».

Derrière la désinvolture et les pirouettes se cachent le désenchantement et le désarroi. Jean-Claude Pirotte dit le tragi-comique de la vie de tout homme qui se retourne sur son passé, tout en poursuivant son chemin d’incertitude.

FREDERIQUE GERMANAUD

© Culture-Chronique --                                                

--        Le blog de Frederique GERMANAUD

--  Le classement Romans CULTURE CHRONIQUE 

--  Les chroniques littéraires Culture-Chronique

--  S'inscrire à la Newletter 

--  Le groupe Facebook CULTURE CHRONIQUE 

 

--  La communauté Facebook CULTURECHRONIQUE

Partager cette chronique:
Toutes Nos Chroniques
Rechercher par Auteur :