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EXTORSIONS de James ELLROY :

 « Dieu pêche les âmes à la ligne, Satan les pêche au filet »                                                               Alexandre Dumas

Mardi 1er avril, chuchotement du printemps et le poisson tout frétillant hors de son bocal. Blouse rouge, rouge à lèvres Coco, votre chroniqueuse mise sur la couleur vendetta pour un casting littéraire à la température très élevée. L’imprésario du mot en question sera James Ellroy, qui le temps d’un bref séjour à Paris a posé son bagage pour une dédicace à la librairie « Le thé des écrivains » chouchoutée par un Sébastien Wespieser inspiré.

19h30, c’est la cohue au 16 rue des Minimes, impossible d’entrevoir le bout du nez du brigand du roman noir. En fond sonore, simplement cette voix rocailleuse de fumeur adepte de l’eau bénite. Puis un rire étincelant, fort en décibels qui mouche tous les minets bien coiffés du quartier. Concernant la coupe de cheveux, le Maestro fait dans le minimalisme et offre une boule à zéro tendance Apocalypse Now. Côté look, il entretient la lascivité de la chemise Hawaïenne sur baggy ample. Nonchalance et phrasé de filou lançant à la cantonade un gonflé « Achetez mes livres les français ». Ex alcoolo junkie repenti cherchant sans fin au cœur de son odyssée d’antéchrist  cette mère assassinée alors qu’il n’était qu’un gamin, Ellroy est et demeurera l’auteur de l’un des plus grands romans de tous les temps dont la mélancolie vénéneuse irrigue notre sang bleu sans possibilité d’antidote. J’ai nommé : « Le Dahlia Noir ».

En ce 1er avril c’est cependant son nouvel opus qu’il présente : Extorsion. Une Novella drolatique où il s’immisce avec aplomb dans le jeu littéraire en s’improvisant le confesseur d’un ex flic véreux reconverti dans la chasse aux potins salaces d’Hollywood. L’occasion pour ce briscard d’Ellroy de nous offrir sur un plateau une série de personnages sans foi ni loi électrisés par le péché. Au pays de Fred Otash – le détective pourri et  figure de proue de ce court roman 100% corruptible –  ça copule, ça castagne et ça prend en flagrant délit de vice.

Loin de l’image d’Epinal, Ellroy strangule à nouveau le rêve américain en nous conviant dans ses bas-fonds nauséeux. Toutes les divas du 7ème art en prennent pour leurs brushings et c’est avec jubilation que l’on s’installe dans la cupidité du Sunset Boulevard sans être certain de vouloir se convertir à autre chose. En bonus, il nous donne l’eau à la bouche en dévoilant deux chapitres de sa nouvelle saga littéraire dangereusement baptisée : « Perfidia ». C’est donc à Glenn Miller que revient le La de cette épopée qui nous embarque sur des chemins nippons car une fois de plus Ellroy règle ses comptes avec une Amérique ambivalente qui réserva un funeste sort aux japonais incarcérés dans ses camps de transit pendant la seconde guerre mondiale. Et ça commence fort avec au programme une sanglante séance d’harakiri familiale …

Si Ellroy n’a rien d’un nippon il en a cependant le code du Bushido littéraire, lui qui tel un général d’armée en campagne planche dés potron-minet sur sa feuille blanche pour ne la délaisser qu’en fin de journée. Réactionnaire et facho pour certains, comme furent épinglés Céline et bien d’autres en des temps plus reculés, Ellroy n’a rien d’un ravi de la crèche en dépit de sa foi fervente. Non, Ellroy ne tend pas l’autre joue et son ring n’est désormais plus la rue hostile de son enfance mais simplement son œuvre.

Cette diabolique musique noire des mots qui vous saisit de la racine des cheveux jusqu’à la pointe des orteils. Ce déchirant solo de littérature au sein duquel couve un pouvoir magique : celui de nous déraciner de notre quotidien.

So long Monsieur Ellroy …

ASTRID MANFREDI 

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