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LA FEMME AU CARNET ROUGE d'Antoine LAURAIN :

« Je suis désolé d'être entré à ce point dans votre vie. Ce n'était pas mon intention. »

Un homme était passé en ces lieux et s'était rétracté. Il avait voulu disparaître, s'effacer. Il avait choisi une attitude élégante et avait de cette façon refermé à tout jamais, peut-être, la parenthèse de cette histoire.

J'aime les histoires, le début d'une histoire surtout, quand rien n'est encore joué, ni défini. Là où tout commence. Alors que rien n'a encore commencé où tout est en suspens. Parce qu'on ne sait jamais à quel moment cela a véritablement commencé. Comment savoir?

Toutes les histoires sont incroyables, à leur façon. Celle-ci n'est pas si différente des autres. Elle a juste ce petit supplément d'âme. Ce petit quelque chose de sublime qui la rend si attachante qui fait qu'on a envie de la garder tout prêt de soi, à l'abri dans un repli comme un secret.

« Il n'y a guère que le sublime qui puisse nous aider dans l'ordinaire de la vie » (Alain-Fournier).

Il n'y a guère que celui-ci qui puisse nous en extraire.

C'est tout l'enjeu de cette histoire. Celle d'un Libraire qui trouve le sac d'une femme dans la rue, le ramène chez lui, en sort les objets puis décide de la retrouver. . .

« J'ai trouvé votre sac un matin dans la rue. Je me suis pris au jeu d'en retrouver la propriétaire. Les choses se sont enchainées un peu en dehors de ma volonté. Et pourtant je renonce à la rencontre. Je suis allé trop loin. Comme l'écrit Patrick Modiano dans Villa triste, que vous semblez aimer: Il y a des êtres mystérieux, toujours les mêmes, qui se tiennent en sentinelles à chaque carrefour de notre vie »

Posé au milieu de nulle part, il y avait donc ce sac en cuir mauve. Par réflexe, il regarda autour de lui. Le geste était absurde et incongru. Il le savait. Aucune femme ne pouvait se matérialiser, à cette heure du jour, pour le récupérer. Au fur et à mesure qu'il avançait, il imaginait que toutes les silhouettes qu'il croiserait l'observait. Il était embarrassé. Se promener avec cet accessoire en était la cause. Un homme avec un sac à main. C'était informel. C'était devenu une obsession. Il finit par l'ouvrir et découvrit de nombreux effets personnels.

Parmi eux, il trouva un petit carnet rouge où étaient consignées ses pensées. L'écriture dansait sous ses yeux captivés. Toutes ces réflexions anodines, imprévisibles, burlesques, sensuelles griffonnées à la hâte se succédaient au hasard des situations, prenant des poses licencieuses. Il réalisait soudain qu'il était en infraction. Il n'était pas autorisé à prendre connaissance de ces pages.

Il y avait un homme dans cette ville qui connaissait cette femme à travers ses pensées les plus intimes. Il ne l'avait jamais rencontré mais il devinait qui elle était. Il connaissait son « décor ». Il y avait lu ses rêves les plus fous et découvert son prénom : Laure.

Il était devenu, à cette minute, le gardien temporaire des effets d'une mystérieuse inconnue.

Il avait ouvert une porte secrète qui menait à l'esprit de la femme au sac mauve. Il était fasciné. Son cœur battait la chamade. L'excitation était à son comble. De la sueur perlait sur son front. Ses mains étaient moites. Il le serrait fort contre son cœur par peur de le voir se volatiliser sous ses yeux. Comme s'il tenait un trésor entre ses mains qu'il ne voulait pas perdre.

Jamais il n'aurait pu imaginé qu'un sac puisse contenir autant de secrets et puisse avoir ce pouvoir là sur lui. Il avait promené ses yeux sur chacun des objets. Il les avait regardés un à un avec une âme de détective afin de remonter la piste. Il avait collé tous ces éléments ensemble à la manière de pièces à conviction.

Il fallait être un peu fou ou romantique ou désabusé pour faire ce qu'il faisait. Il en était conscient mais il ne pouvait pas faire autrement. Il fallait juste qu'il le fasse.

Jusqu'au jour où le doute avait commencé à l'assaillir. Cette redoutable sensation qui lorsqu'elle vous envahissait semait le trouble dans votre esprit, brisait votre corps, faisait venir les incertitudes. Le seul moyen de l'éradiquer, c'était d'aller le chercher à sa racine. Là où la fragilité s'était réfugiée. Là où elle pesait de tout son poids.

Il n'imaginait pas, une fois qu'il eut abandonné après avoir fait tout ce qu'il avait fait, ce que cet acte pouvait entrainer. Il était peut-être passé à côté de quelque chose. Une autre vie.

Qui n'a pas déjà vécu ça?

Ce moment de basculement, dans lequel tout est contenu. Une promesse. « La nostalgie du possible »ou l'on pouvait parfois saisir des parcelles de cette possibilité éteinte.

Même si le message était brouillé, en prêtant l'oreille, on pouvait déceler des bribes de cette vie qui n'avait pas eu lieu et qui s'était volatilisée, cristallisée, arrêtée en chemin.

Quand on avait été si prêt, il en restait toujours quelque chose. Un ressenti, un éclat, une présence singulière.

L'auteur nous plonge avec délice au cœur d'une jolie histoire où le sentiment d'embarras est un vrai ravissement. Il sème des indices au fur et à mesure de son déploiement. Le premier étant un livre de Patrick Modiano: « Accident nocturne », Flanquée d'une dédicace:

« Pour Laure, Souvenir de notre rencontre sous la pluie. »

Mais il y en a d'autres et chacun d'entre eux participe à l'intrigue. Il apporte une tonalité supplémentaire au récit. Il lui donne une intensité allant crescendo, le pimentant de multiples façons, augmentant ainsi le suspens nous tenant en haleine jusqu'au bout, jusqu'à la petite touche finale!

Ce petit roman intemporel a un charme suranné au parfum poudré, délicat et démodé comme celui de son héroïne. Il nous enchante, il cultive le mystère et les sous entendus.

 Antoine Laurain nous prend par la main. Il nous embarque dans son histoire et on se laisse faire! On y croise un florilège de personnages attachants avec tous leur lot de désenchantements. Il y a Laurent Libraire emprunté fabuleusement romantique, sa fille effrontée et malicieuse qui lui portera secours à plusieurs reprises, un écrivain mélancolique en manque d'inspiration à l'égo sur dimensionné. On y croise Patrick Modiano au petit matin, dans les allées du jardin du Luxembourg et on a droit à une incroyable conversation avec l'un des écrivains les plus insaisissables de la littérature française. Celui qui n'accorde que très peu d'interviews, qui est une énigme et que ses lecteurs suivent de roman en roman.

Savoureux petit roman en vérité qui se lit d'une traite, que l'on pourrait qualifié de « comédie romantique printanière ». Il a la saveur douce des bonbons acidulés de notre enfance. Il nous promène dans des lieux qu'on croyait oublié. Il nous plonge dans la quête d'un objet perdu, un thème qui est cher à l'auteur, qu'il avait déjà abordé dans son précédent roman: « Le chapeau de Mitterrand »

Il nous suffit de pénétrer dans cet univers hors du temps pour en ressentir la magie. On en ressort ébloui, le sourire aux lèvres avec l'envie d'y revenir. Comme s'il nous faisait signe!

Les belles histoires ne sont pas si courante. . 

LYDIE POESIE 

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