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MAILMAN de J. Robert LENNON :

Il pourrait sembler assez normal ce Mailman alias Albert Lippincott. Pas sûr que vous l’auriez remarqué si vous l’aviez croisé dans le hall de votre résidence de la petite ville de Nestor dans l’Etat de New York. Il se démène entre ses relations professionnelles, ses parents et sa sœur Gillian avec laquelle il entretient une relation ambiguë, ses conquêtes féminines plutôt malheureuses, ses souvenirs qui le construisent mais surtout le détruisent et son métier de facteur, bref un gars relativement banal. Il adore son travail. Le plus difficile pour lui finalement, c’est de tuer le temps libre, sa vie n’étant pas palpitante. Alors il fait déborder un peu son travail sur ses loisirs : il sélectionne certaines des lettres qu’il distribue, les photocopie, les conserve précieusement et remet l’original dans le circuit après quelques habiles travaux de réfection. Il s’intéresse à la vie des gens probablement parce qu’elle le rassure et nourrit la sienne. Mais les gens n’aiment pas forcément qu’on touche ainsi à leur vie privée et cela lui vaut quelques petits problèmes avec sa direction.  Et le jour où il va se demander si ce n’est pas cette petite manie qui est à l’origine du suicide d’un de ses usagers, les affaires vont se gâter.

Quand on le suit au quotidien, on en vient pourtant à penser que c’est un drôle de type : un peu maniaque, parfois misogyne, impulsif, névrosé et obsessionnel, un tantinet bizarre tout de même. Pourquoi finit-on par s’attacher à lui ?

Parce qu’il nous livre une réflexion existentielle dans laquelle nous pouvons probablement tous nous retrouver. Qu’est ce qui fait que dans la vie parfois, ça ne se passe pas du tout comme on le voudrait ? Tout pourrait réussir, les ingrédients sont là et pourtant la mayonnaise ne prend pas. Pire, on la renverse et il faut ensuite faire avec les taches de gras.

 « Elle était hors d’haleine quand elle décrocha, et sa voix trahissait une certaine irritation lorsqu’elle accepta l’appel. Que venait-il d’interrompre ?

« C’est moi, dit-il.

-  Oh, Moi. Salut, Moi. Quoi de neuf chez toi, Moi ? Eh, les gens devinez qui est au téléphone, c’est Moi ! »...

«  Je n’ai nulle part où aller, je n’ai pas d’amis. Et je crois que cette femme, elle est infirmière, c’était mon infirmière au service psychiatrique, il se pourrait bien qu’elle tombe amoureuse de moi, sauf qu’elle est fiancée. Je ne sais vraiment pas quoi faire. »

Il renifla, s’essuya le nez du revers de la main. Merde alors, pas de mouchoir. Une serviette en papier échappée d’une cafétéria frémissait sur le trottoir, devant la cabine, mais quand il se pencha pour la ramasser, le vent la souleva et l’emporta. »

Au fil des quelques 700 pages de ce roman, vous entrerez dans la vie de ce loser de façon progressive, de plus en plus intime en jouant d’allers et de retours entre passé et présent qui risquent bien  peu à peu de vous amener à le trouver pathétique, attachant et surtout extrêmement fragile et drôle.

Mailman est sans pitié pour lui comme pour les autres et à travers son histoire il nous fait aussi le portrait sans concession d’une Amérique pas forcément reluisante.

Entrez donc sans hésiter dans ce gros pavé - très jolie couverture qui plus est - et partagez avec bonheur les tribulations de ce Mailman qui vous réservera bien des surprises et vous deviendra vite sympathique.

Marie-Paule DELPEUX 

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