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ENTRETIEN AVEC FREDERIQUE GERMANAUD :

Marcelline Roux :  J’ai eu la joie de faire entrer La Chambre d’écho et Trois femmes en robe légère dans mes carnets de lecture, des textes que j’ai approchés sur la pointe des pieds.   Depuis, j’ai eu l’envie avec vous d’un entretien décalé, d’oser un pas de côté, de prendre quelques chemins de traverse pour découvrir comment germe votre écriture dense et en même temps délicate. Le terme de « germination » me vient, non sans un certain humour, puisqu’il résonne pour moi avec votre nom : Germanaud. La narratrice de La Chambre d’écho évoque des temps solitaires dans des chambres louées dans des villes. Où, quand, comment mûrissez-vous vos « mots graines » ?

Frédérique Germanaud : La germination…oui, le terme est très juste. La germination est plus une affaire de temps que de lieu. Il est vrai que, pour écrire, j’aime les espaces restreints, clos et silencieux. Généralement, cela se passe chez moi, sur une ancienne table de bistrot face à la fenêtre. J’ai à portée de main cahiers, dictionnaires, livres. Il arrive que je ressente la nécessité de me dépayser, non pas en pays exotique (les lointains ne me sont d’aucune utilité littéraire), mais en des lieux inconnus, dans lesquels je prends très vite mes repères et mes habitudes d’écriture : table ou lit, banc de square, rien de plus. Rien de riche, j’ai besoin de concentration. Voilà pour le lieu.

Les graines ont des provenances tout à fait diverses, paysages, bribes de conversations, anecdotes, silhouettes. Pas nécessairement des choses ou des évènements très marquants, je n’y prête parfois qu’une attention distraite. Tout cela se loge dans un coin du cerveau. Prend ou pas, murit ou pas. Je laisse faire. Ça peut prendre des années, et ça peut être tout à fait stérile. Je travaille ensuite sur ce qui est remonté à la surface. Avec ce que j’ai oublié, déformé, et avec mon imagination. C’est donc une matière à la fois volatile et instable, et en même temps très dense puisqu’elle a su travailler en profondeur, me travailler aussi, et échapper à l’oubli.

Marcelline Roux : Avez-vous le parcours type de l’écrivain : études de lettres, professeur, journaliste ou venez-vous d’ailleurs ?

Frédérique Germanaud : Après un baccalauréat littéraire, j’ai fait des études juridiques. Mon bagage de théorie littéraire est très mince. Mais je rejoins, je crois, le « parcours type » par une passion pour la lecture. J’ai toujours énormément lu, j’ai eu de bons professeurs de français qui, au-delà des programmes imposés, m’ont ouvert de vastes horizons et ont aiguisé ma curiosité. Je fréquente depuis l’enfance les bibliothèques municipales, familiales, amicales. Je flâne aussi sur les sites littéraires, dans les revues, j’aime la découverte, d’où qu’elle vienne.  

Marcelline Roux :

La terre du sud mais aussi la nature forment le terreau de vos textes. Entretenez-vous une relation singulière avec la terre, habitez-vous un coin de campagne retirée ? Quels sont vos paysages quotidiens ou ceux dont vous rêvez ?

Frédérique Germanaud : Citadine depuis toujours, je pensais, jusqu’à récemment, ne pouvoir me passer de la ville, cinéma, cafés, lieux de spectacles. Le temps passant, tout ceci me semble moins indispensable. Je vis encore au cœur d’une ville, mais mes balades me portent toujours du côté du vert et de l’eau. Le désir de la nature se fait sentir de plus en plus vivement. Voilà que je me prends à rêver d’une vie rurale ! Une vie rurale peut-être idéalisée…faite d’espaces plus vastes, d’un certain rythme de vie, mieux accordé – certains diront  soumis – aux saisons, aux aléas climatiques, bref, calé sur la nature.

Ce qui est certain, c’est que les paysages de campagne, bois, rivières, vignes, nourrissent mon imaginaire d’écrivain. Les villages, les vieilles maisons en font partie. J’y suis particulièrement sensible.

Quant aux « terres du sud », elles me sont inconnues et proches à la fois. Je n’y suis jamais allée, elles ne m’attirent pas et j’entretiens avec elles un rapport ambigu. Elles sont terres d’origine de ma famille maternelle, quittées douloureusement et font partie d’une histoire qui, pour m’être largement étrangère, me fonde aussi et me constitue partiellement. Le soleil, un passé plus ou moins fantasmé, l’exil. Le silence qui a suivi l’expérience  du départ. L’impossibilité de dire. Ce sont des lignes de force qui me traversent.  

Marcelline Roux : Je sais qu’il n’est pas bon ton aujourd’hui de parler d’écriture féminine ou d’écriture de femme, pourtant le féminin irrigue vos textes, parfois dans une sorte de retenue, de creux, ce qui est particulièrement beau. Revendiquez-vous cette part ou surgit-elle malgré vous?

Frédérique Germanaud : Je ne revendique rien ! Mon travail d’écrivain laisse une grande part à l’intuition. Pas de volonté de dire, d’exposer ou de  défendre des idées. Le lieu de l’écriture, pour moi, n’est pas celui de l’idéologie. Par ailleurs, ce concept d’écriture de femme, je ne le saisis pas bien. Il me semble être proche d’écrivains hommes, comme Vernet ou Jaccottet par exemple. Ce sont des écritures qui laissent une grande part à la sensation, au paysage, à l’intime. Et à une totale subjectivité.  Ce n’est pas propre aux femmes et je n’aime pas beaucoup catégoriser.  

Marcelline Roux : Vous tenez un blog, l’atelier du passage, où l’on découvre les expositions ou les livres que vous aimez. Peu d’écrivains cherchent à faire découvrir l’œuvre des autres, souvent les sites ou pages Facebook des auteurs sont des mises en valeur de leur propre œuvre. Avez-vous eu besoin de ce partage, de cette ouverture ? Est-ce facile d’écrire sur les autres ?

Frédérique Germanaud :  Non, ce n’est pas facile d’écrire à propos d’autres livres, je manque de bagage théorique, comme je l’indiquai, et peine beaucoup dans ce genre d’exercice qui ne me procure guère de plaisir. Mais je veux défendre certaines œuvres qui m’ont marquée. D’autres l’ont fait pour mes livres, et je leur en suis reconnaissante. S’il suffisait de dire « lisez cela », je m’en contenterais ! Je crois beaucoup au partage, je crois aussi que, pour certaines œuvres, les lecteurs se gagnent un par un.

Marcelline Roux : A regarder votre blog, il me semble que vous êtes une lectrice peu commune : pas de livres dont parlent les médias. Il semble que là encore vous cheminiez sur des sentiers secrets en dénicheuse. Comment choisissez-vous vos livres ? Quels sont vos compagnons de route en écriture ? Quand lisez-vous ?

Frédérique Germanaud : Mon blog fausse un peu la perspective de mes lectures : je n’y défends pas tous les livres que j’aime, mais ceux qui ont besoin de moi pour être mieux connus. J’ai été très touchée par le dernier livre de Maylis de Kerangal, Réparer les vivants, mais ce livre fait l’objet d’une couverture médiatique qui rend superflue toute intervention de ma part. Je préfère consacrer mon énergie à des livres et des auteurs plus confidentiels. Mes lectures, elles, sont bien plus éclectiques que peut le laisser supposer mon blog. Une grande part est constituée de poésie et de prose poétique, mais je lis également des romans de toutes sortes, y compris policiers, des essais…

Comme je l’indiquais plus haut, je choisis mes lectures sur conseils d’amis, d’émissions de radio, de blogs (les Carnets de Marcelline déclenchent souvent d’irrépressibles envies de lectures). Je note ou pas les références et me constitue un réservoir bien supérieur à mes capacités d’absorption.

Je suis très fidèle aux auteurs que j’aime. Je pourrais citer en exemple Antoine Emaz, Françoise Ascal et Joël Vernet. Je cite ceux-ci, parce qu’ils m’accompagnent quand j’écris, mais il y en a bien d’autres. Je suis les œuvres de Christophe Fourvel, de Joël Bastard, de Jacques Serena, de Jean-Claude Pirotte, ou, découverte plus récemment, Denise Desautels, qui est une auteure canadienne. La liste serait longue. Cette habitude de lecture systématique – maniaque, je dirais même - a commencé avec Duras, dont j’ai entamé la lecture au lycée et qui ne m’a jamais quittée. Ce sont aussi des auteurs qui m’inspirent, même si mon écriture peut sembler loin de la leur.       

Marcelline Roux : Je sais que vous venez d’envoyer les épreuves corrigées d’un texte qui va paraître aux éditions de la Clé à Molette. Ce texte est-il dans la veine de vos précédents  ? Creuse-t-il le sillon que vous avez déjà tracé ou est-ce une graine nouvelle qui a germé ? Comment pourriez-vous définir ce nouveau livre à venir et le choix de cet éditeur ?

Frédérique Germanaud : La clé à Molette est un jeune éditeur enthousiaste dont le projet est de rééditer les œuvres d’André Dhôtel qui ne sont plus trouvables et de la littérature contemporaine. J’ai la grande joie de démarrer la collection contemporaine. J’ai adressé deux textes, qui ont été retenus et devraient voir le jour au printemps pour le premier, à l’automne pour le second. La forme de ces deux textes, est différente de ce que j’ai déjà publié. L’un est un récit, l’histoire d’une femme qui revient malgré elle sur les traces d’une histoire ancienne et qui n’a plus de place dans sa vie, l’autre est un journal fragmentaire, ou un recueil de notes organisé dans le temps, je ne sais pas bien comment définir cela, s’étendant sur environ un mois. Ceci pour la forme. Pour le fond, oui, il me semble creuser le même sillon que mes précédents textes. Mais ce sera au lecteur de me le dire !

marcelline2.roux@laposte.net -                                           -

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