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CARNET 78 : LA VOIX DES FEMMES :

Suis-je vraiment une bonne auditrice de textes lus ? J’écoute des lectures sur France Culture, je vais aussi entendre lire des auteurs dans les bibliothèques. Sur le moment, il me semble que ma concentration fixe leurs textes en moi mais très vite, je m’aperçois que j’ai tout oublié. Je dois avoir une mémoire plus visuelle qu’auditive, ce qui expliquerait mon incapacité à parler british ! Je viens pourtant de vivre un vrai bonheur d’écoute : La  Vie matérielle de  Marguerite Duras lue par Laure Adler. J’avais décidé de bousculer mes solitaires trajets quotidiens et transformer ma voiture en salon de lecture. Chaque fois que je tournais la clé de contact comme par magie Marguerite s’installait à mes côtes pour prendre la route. J’adore entendre Duras parler des maisons, des femmes, des petites choses de la vie matérielle que l’on ne regarde pas et que l’on ne pense plus. J’adore entendre parler Duras tout court et la lire évidemment. Etrangement au fil de mes trajets et de mon écoute, j’ai complètement oublié la voix de Laure Adler. Son timbre rugueux, un brin monotone, a su me faire entrer dans les mots du texte, dans la musique réelle de la phrase durassienne. J’ai fini par oublier Laure Adler et n’entendre que Duras, sa façon de se lancer dans la syntaxe comme dans la pensée, cette brutalité parfois de dire, d’oser dire, de provoquer par l’énonciation même, puis de revenir hypothétiquement sur ces affirmations pour avancer dans la réflexion et en faire une réalité incontournable. J’ai particulièrement été frappée par le récit qu’elle fait d’un trajet en voiture le long d’un fleuve, la Loire, les arrêts dans les hôtels avec son amant, l’amour violent et passionnel des corps, la gravité de la situation, de la folie d’amour, puis la fin du voyage : les obsèques de la mère de Duras. L’amant attend alors dans une chambre et dans cette simultanéité des événements, ce télescopage se dit la complexité à être. « Il faut aimer les hommes, beaucoup, beaucoup, beaucoup pour pouvoir les supporter » dira Duras plus loin dans le texte au sujet des femmes et de leur relation aux maisons. Elle dit que les hommes ne verront jamais ce que les femmes voient dans les maisons, tentent de faire advenir comme bonheur, la façon dont elles tiennent les intérieurs, nettoient, rangent, maîtrisent le désordre constant, comment les femmes font avec le non organisé de leurs jours pour s’occuper des enfants, faire les repas, les lessives, aller chercher les enfants à l’école et faire que tout fonctionne quand l’homme revient. Elle dit qu’elle idéalise la femme mais que cela aussi est nécessaire. Et ce discours prend aujourd’hui plus de force après la mort de Marguerite, il résonne comme un appel vibrant comme un nécessaire réveil car même aujourd’hui et surtout encore aujourd’hui, les femmes font tout pour tenir les maisons même et surtout quand elles travaillent à l’extérieur, ont des responsabilités, fait des études, conquis une place nouvelle. Dans les maisons, rien ne semble avoir bougé. Les femmes tiennent parfois jusqu’à l’épuisement, jusqu’au moment où elles n’en peuvent plus et partent, quittent la maison et l’homme pour tenir seule une maison ailleurs. Ce qui est beau dans ce passage, c’est que Duras se maintient du côté du constat plus que de la dénonciation féministe, elle décrit simplement, pose les choses comme des actes et cela porte, emporte, redonne la force de rester debout et de tenir justement peut-être un peu autrement, en conscience. A sonder quelques lectrices des nouvelles générations, Marguerite Duras semble oubliée : quel dommage ! Je rêve de voir les jeunes femmes entrer à nouveau dans ces romans : vivre avec Lol V Stein, connaître La Douleur, L’Amant, le Barrage contre le Pacifique, entrer dans ses œuvres par l’écoute de La Vie matérielle est sans doute la meilleure des invitations. Qu’elles se le disent !

-- La Vie Matérielle/ Marguerite Duras lue par Laure Adler./ Naïve éditeur

MARCELLINE ROUX 

marcelline2.roux@laposte.net-                                           -

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