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LE MAîTRE BONSAÏ d'Antoine BUENO :

Bonsaï : Arbre nain cultivé en pot, obtenu par atrophie des racines et ligature des tiges et rameaux .

Voici la définition proposée par le dictionnaire mais certainement pas celle préconisée par celui qui se présente comme Maître Bonsaï.

Maître bonsaï , c’est son métier! Cet homme prétend avoir quitté le règne animal pour mieux intégrer le règne végétal. La métamorphose à la Kafka opère : Je suis autre chose. Avec le temps, ma peau s’est parcheminée. Mes membres sont devenus noueux. Leurs extrémités ont bourgeonné.

Les hommes qu’il croise ne représentent plus rien, il les voit comme nous voyons les arbres sans y prêter réellement attention, jusqu’au jour où une femme entre dans sa boutique et décide de converser avec lui. Mais il n’aime pas parler, elle se fâche, il consent finalement à lui livrer quelques paroles car il la compare à un mauvais saule pleureur.

Mais pourquoi vouloir à ce point s’obstiner sur les bonsaïs ? Créer un bonsaï, c’est contraindre un arbre à ne pas grandir et le maintenir en vie dans cet état. Créer un bonsaï, c’est poser un arbre sur une bascule entre la nature et la mort. Comme la jeune femme, nous ne sommes pas plus éclairés sur les raisons de cette singulière passion.  Elle revient le voir régulièrement sans y être invitée. Comme il ne semble pas avoir d’identité, elle décide de l’appeler Bonzi. Elle aussi veut apprendre à s’occuper des bonsaïs, il accepte de lui enseigner son art. Ils s’intriguent l’un et l’autre, leurs comportements semblent opposés. Elle est écorchée vive et lui apparaît calme, appartenant à un autre monde où paix  et sérénité font loi. Le texte est ensorcelant, captivant, empreint de poésie, mélancolique et reposant. Les arbres font tellement partie du décor que le prunus Serrulata entre en scène, le plus beau des bonsaïs. Il vient juste nous conter une très belle histoire, la légende de Tomotada. Tout semble beau, presque enivrant, et même si ces deux personnages sont à la fois troublés et troublants, ils restent profondément attachants. On se laisse bercer par ce maître bonsaï tout en percevant l’étrangeté de la situation. Qu’y avait-il avant les bonsaïs ? Souvent je me pose la question. Mais rien ne vient. Je n’en ai pas la moindre trace.

Cependant la rencontre avec cette jeune femme va déclencher des "flash back" aussi fugaces que surprenants. Mais que s’est-il passé ? Quel est ce mystère qui transpire au fil des pages ?  

 La lecture se poursuit dans une douce et relative apesanteur  mais soudainement le malaise s’installe, la mémoire revient aussi brutale qu’un coup de poignard. Je vois un arbre. Ce n’est pas un bonsaï, c’est un vrai arbre. Mais celui là ne raconte pas un conte ou une fable. Il raconte une histoire que je ne veux pas entendre. Parce que cet arbre, je le reconnais, C’est l’arbre de mon père. Les dernières pages d'une violence inouïe contrastent avec la douceur du début, le paradis devient enfer, on retient notre souffle.

Après avoir refermé le livre, j'éprouve une irrésistible envie de le relire  car maintenant que je sais, je veux mesurer la profondeur de chaque mot choisi. 

SYLVIE LAVAINE  

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