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MONSIEUR CHEMIN de Patrice GRANADEL :

 Monsieur Chemin est  un être à géométrie variable. Tantôt père de famille – deux petites filles blondes, une femme sans nom, un père sans parole, une mère déchirée – il lui arrive de se déployer, de s’étendre jusqu’à disparaître, se confondre avec le ciel, la neige, le paysage qu’il a sous les yeux et qui finit par l’absorber. Il est traversé par toutes sortes d’images, de sensations, de flux, peut-être pas plus que chacun d’entre nous, si ce n’est que l’état d’éveil de cet homme, son retrait de la société, lui ont permis d’atteindre une exceptionnelle et admirable porosité.

On devine qu’il y eût rupture. Qu’arrivé à un certain stade d’usure et de fatigue, constatant que le sourire ne venait plus, Monsieur Chemin abandonna toit et portes, livres et cahiers, écriture et savoir. Il troqua tout cela contre le vol d’une abeille, le songe des arbres et les reflets de la neige. Il lâcha son identité pour une très grande liberté, faisant voler en éclat les limites de la perception, abandonnant les mots qui restreignent, refusant le bruit des hommes. Il s’est défait des convenances et des apparences pour entrer dans l’intimité de la nature et renouer les liens défaits de l’homme avec les saisons et les lieux. « Les arbres nous attendent, disait-il souvent. Les arbres nous regardent, nous écoutent, ils sentent le pouls de nos sangs, l’état de nos âmes et pourtant ils ne disent rien »

Dans ce nouvel espace, Monsieur Chemin rejoint le nouveau nom qu’il s’est donné. Il  flâne et explore, se nourrissant de citrons et de cerises laissant à peine sa marque sur le paysage.  « Nous devrions penser le monde comme perpétuellement recouvert de neige. (…). Nous verrions alors la terre garder la plus petite trace d’un passage ».

Le récit se déroule en 65 courts chapitres comme autant de fenêtres ouvertes, territoires, indices biographiques, élans, bribes de dialogue ou de discours. Ces fragments esquissent une vie que le lecteur imagine, celle d’un homme solitaire, attaché à creuser l’expérience de la nature, qui rappelle parfois Jaccottet, le  « J’aurais voulu parler sans images, simplement pousser la porte... » d’A la lumière d’hiver.

Patrick Granadel nous offre un premier livre inattendu et prometteur qui, tout en fuyant le réalisme, empoigne vigoureusement le vivant.

FREDERIQUE GERMANAUD

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