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CHAMBRE 2 de Julie BONNIE :

« Que les morts dévorent les morts. Nous, les vivants, dansons sur le bord du cratère, dansons une dernière danse d’agonie. Mais que ce soit une danse! » Henry Miller


Un service de maternité et des chambres numérotées. Dans ces chambres un chœur de femmes entonnant la mélopée de la mise au monde. Des femmes contrastées, des trompées, des trop aimées, des trop jeunes, des trop seules, des solaires, des mélancoliques. Sur les ventres des femmes des bébés et des vagissements, de l’urine, du sang, du placenta, partout une odeur d’étable. Béatrice est auxiliaire de puériculture, engoncée dans une blouse rose. Béatrice rassure, elle caresse les visages et sèche les larmes. Béatrice initie le premier contact avec le nouveau-né et accompagne la femme vers la mère.

Extérieurement maîtrisée mais ciselée d’angoisses à l’intérieur, elle avance dans une enveloppe corporelle dont la poésie s’est tue sur la scène d’un cabaret berlinois. Tandis qu’elle entrouvre les portes des accouchées c’est aussi son propre passé qu’elle explore. Une histoire rouge et tzigane faite de routes broussailleuses, de tournées et de vodka. Avant la blouse Béatrice fut effeuilleuse et chaque soir aux côtés de Gabor son amant violoniste et de ses compagnons de route hauts en couleur, elle révélait sa plastique d’Isadora Duncan. Elle dansait et gardait l’équilibre. Mais, quand cette vie exempte de règles prend fin c’est le pain amer du quotidien qui s’invite sonnant le glas d’une  jeunesse qui refusait toute forme de séquestration …

Julie Bonnie est violoniste, chanteuse, écrivain et s’empare de l’art avec la grâce et la vigueur de celles qui en font une raison d’être. Charnelle et loyale sa langue vous rentre dans la peau car c’est bien de chair dont il s’agit dans ce premier roman s’enracinant au plus près du corps féminin. Non pas le corps dépourvu d’aspérités mais l’autre corps, le corps femelle et animal, celui qui captive par sa violence et ses dissonances. Du corps exhibé de la danseuse à celui sanctifié de la mère, le travelling littéraire est fait de remous et de luttes. Une lutte dont le service de maternité cristallise le cri de guerre. Au cœur de cette« Chambre 2 » aucun enfantement christique mais une mise au monde revendiquant le déchirement et la jouissance des entrailles. Pour guider cette chorégraphie impie des soignantes en blouse roses aussi unies que divisées.

La « Chambre 2 » referme sa porte. Sur son lino désinfecté reposent en secret les précieux fragments de ce chorus féminin aux origines de la vie.

ASTRID MANFREDI

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