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CARNET 80 : DU SAUVAGE NECESSAIRE :

 J’ai régulièrement besoin de m’enfoncer dans le Montana, sans prendre l’avion, sans même bouger de ma chambre : suivre page à page Rick Bass pour une retraite littéraire et sauvage.  Lors du dernier festival nantais Atlantide, organisé par l’éclectique et talentueux écrivain Alberto Manguel, j’ai parcouru les sélections de livres qu’il proposait. Les livres abordaient d’une façon ou d’une autre l’idée de nature, thématique du colloque. Je me promenais donc à travers les travées de cette forêt librairie, laissant flotter mon regard, quand j’aperçus les petits livres de chez Gallmeister. C’est incroyable comme on trouve toujours ce qu’on croit ne pas chercher. Rick Bass m’attendait : un texte de lui m’avait donc échappé... Je n’ai pas hésité une seconde : je m’étais pourtant promis de ne plus acheter de livres, de les emprunter en bibliothèque, tant ma petite maison croule sous leur accumulation, mais  je ne pouvais repartir sans les Derniers Grizzlys, ma pépite d’évasion assurée. L’agréable quand on lit un auteur depuis longtemps, c’est que dès les premiers mots, on a le sentiment d’être en connivence, de retrouver d’anciens repères. Il fallait cette confiance-là pour oser me lancer à la recherche des derniers grizzlys, je ne me voyais pas partir pour cette longue quête avec un inconnu. Il fallait une écriture à la hauteur de l’attente, car chercher les grizzlys n’est pas ce que l’on croit : pas de récits haletants, rien d’héroïque à suivre des gaillards transformés en Sherlock Holmes des sentes à l’affût de la moindre empreinte de griffes, de bouts de poil enroulés dans des crottes, marchant des heures durant, mangeant de la nourriture étrange, sirotant quelques bières et surtout analysant les crottes recueillies comme autant de trophées de chasse dans des sacs plastiques prévus à cet effet. Il est vrai cependant que l’auteur accompagne le légendaire Doug Peacock, celui du gang de la clé à Molette*. Ce taiseux, haut en couleurs, dégage une forte impression comme ces maîtres d’autrefois qui enseignaient non par les mots mais par leur façon d’être au monde. Quelque chose de magique advient quand il apparaît comme s’il était possible d’être accordé au monde. Si cette bande de lascars parvenait à prouver que les grizzlys ne sont pas morts, un pouvoir supplémentaire serait alors offert à notre réalité d’homme, du moins le croient les indiens. Au fil des pages, le lecteur en est lui aussi de plus en plus persuadé et la tension monte. La qualité d’écrivain de  Rick Bass découle de sa manière de d’exposer, d’expliquer, sans donner de leçons, sans chercher à convaincre. Il tient son lecteur par la main, lui fait chausser mentalement des chaussures de randonnée et l’embarque pour expérimenter des nuits à la pleine lune, sans romantisme aucun, sous la rudesse d’une pluie, dans la boue qui casse les essieux des voitures. On finit vraiment par croire que si les grizzlys ont survécu, notre monde n’est peut-être pas perdu, si des espaces sauvages existent encore, notre âme n’est pas complètement corrompue, un surcroît de sens attendrait même les générations qui nous suivent. Avec Rick Bass, les sommets, les montagnes, les ruisseaux, les bois ne sont jamais cartes postales, comme les hommes qui habitent en contrebas, complexes, parfois bêtes et brutaux. Les scènes de la vie du bout du monde ne sont pas rassurantes. Je ne ferai pas ces kilomètres pour aller boire une bière dans ces bars isolés et pourtant, Rick Bass ne condamne pas : il décrit le pire et le meilleur. Même son mentor Doug n’est pas à l’abri d’emportements malgré toute sa finesse d’homme sachant traquer l’ours. L’auteur dépose un espoir en écrivant ce livre : il se pourrait qu’il ne soit pas trop tard, même si le temps presse. Il se pourrait qu’il y ait de jeunes chercheurs, initiés par Doug, qui veuillent consacrer leur vie pour que demeurent sur la planète des espaces pour les mythiques grizzlys et que pas si loin l’homme puisse vivre, vivre mieux, sachant des terres inaccessibles, sauvages  et donc essentielles. Je conseille à tous ceux qui désespèrent des parkings géants, des périphéries de ville avec zones commerciales qui s’étendent en cubes immondes sur les terrains cultivables, à tous ceux qui s’angoissent de voir la sauvage Loire encombrée par les bombes à retardement que sont nos centrales nucléaires, de suivre les pas de Rick Bass... Loin d’être un sectaire, il sait retendre les fils entre notre civilisation telle qu’elle devient et ce sauvage perdu depuis si longtemps et qui pourtant nous sauve encore, presque malgré nous.

Les Derniers Grizzlys / Rick Bass/ Gallmeister poche. 

Le Gang de la clef à molette / Edward Abbey / Gallmeister   

MARCELLINE ROUX 

marcelline2.roux@laposte.net-                                           -

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