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RICHELIEU, L’AIGLE ET LA COLOMBE d'Arnaud TEYSSIER :

Il faut lire les biographies des grands hommes. Il faut les lire parce qu’elles éclairent à la fois leur personnalité hors du commun et l’époque à laquelle leur destin est lié.  Cependant entreprendre la rédaction d’une nouvelle biographie peut relever de la gageure même pour un auteur aguerri. C’est ce que l’on comprend en lisant l’introduction du Richelieu, l’aigle et la colombe d’Arnaud Teyssier. Il y recense toutes les raisons de ne pas risquer une telle aventure.  L’une des principales tient au fait que Richelieu a été honoré par des centaines d’études souvent très érudites.  Heureusement Arnaud Teyssier, fort d’un savoir encyclopédique sur ce grand serviteur du royaume de France, s’est résolu à nous proposer  une vision renouvelée d’Armand-Jean du Plessis de Richelieu. Il a bien fait. 

Ce Richelieu nous délivre une peinture qui parvient à conjuguer érudition et dynamisme de l’écriture.  Il ne suffit pas de connaître à fond son personnage il faut aussi disposer d’une plume capable d’en faire le portrait sans ennuyer.  C’est le pari que gagne tout au long de ces 500 pages Arnaud Teyssier.

Celui que l’on surnommait “l’homme rouge” ne s’est pas fait en un jour mais ce que fait émerger son biographe c’est que son ambition se révéla très tôt et son intelligence sut mettre à profit toutes les situations bonnes ou mauvaises qui se proposèrent à lui.  Il ne faudrait pas imaginer que le chemin emprunté par le cardinal fut toujours couvert de pétales de roses. Bien au contraire on lui tendit souvent la rose du côté des épines. Mais sa passion de l’Etat et des lois qui le régissent fut pour Richelieu des auxiliaires précieux. Ainsi dans sa volonté d’en finir avec les duels il fut inflexible : “son souci intangible de l’application pleine et entière de la loi sans laquelle toute autorité est détruite ; la nécessité de passer au-dessus des formes et de prévenir l’accomplissement du crime.”.

Inflexible Richelieu ne l’est pas seulement dans ses fonctions d’homme d’Etat, “il agit et raisonne en prêtre.”  Pour lui les nobles ont pour vocation à être “les boucliers du roi et de l’Etat” et s’ils ne le sont pas le roi doit s’en affranchir car le glaive dont dispose la noblesse vient du “Trésor du ciel”. Il n’y a donc à n’avoir aucune pitié pour ce qu’il considère comme des traîtres puisque selon lui le duel est un crime.

Richelieu réussit aussi ce que Fouquet manquera quelques années plus tard : s’enrichir sans jamais faire d’ombre au roi. “Richelieu prête au roi. Prête à l’Etat. C’est l’usage. Il dépense aussi immensément, pour tenir son rang, pour construire des palais, réunir des oeuvres d’art, constituer de vastes bibliothèques destinées à des usages publics après sa mort. (…) Au total, entre les libéralités du roi, les ressources considérables provenant de la Marine, des bénéfices ecclesiastiques, des investissements domaniaux, ses revenus auraient quadruplé entre 1628 et sa mort. (…) Cette fortune n’était assurément pas destinée aux plaisirs personnels du cardinal : il n’en profita jamais.”

Son triomphe au terme du siège de la Rochelle en octobre 1628 fait de lui un homme au pouvoir sans limite mais souvent les crises couvent sous la cendre des victoires.  Richelieu lucide n’a-t-il pas écrit dans son remarquable “Testament politique” : “Plus un ministre est-il utile à son maître et puissant à son esprit et en sagesse, plus y-a-t-il de personnes qui l’envient, qui désirent sa place et essayent de l’en faire déchoir pour l’occuper”. Des personnalités importantes comme Marillac ou Berulle, le rôle ambivalent et trouble de Marie de Médicis peuvent précipiter Richelieu au bas de son piedestal. L’homme le sait. Il sait prendre les accommodements nécessaires mais ces guerres larvées au plus haut sommet de la machinerie d’Etat l’épuisent. Mais Richelieu se méfie plus que tout des manifestations excessives d’affection.  

Le 11 Novembre 1630 Richelieu a le sentiment d’être au bord du gouffre. Ce jour là la reine “confirme au roi sa décision de défaire Richelieu de toutes les charges et dignités qu’il a conservées auprès d’elle, invitant ainsi, sans le dire explicitement, le souverain à faire de même. (…) Louis XIII écoute sans mot dire.” Quelques heures plus tard il confirmera Richelieu dans ses responsabilités, exilant au passage un Marillac trop pressé de le remplacer.  Une certaine idée du pouvoir et de la France se maintenait donc à la tête du royaume. “Richelieu, en jetant les bases de la suprématie de l’Etat et de l’intérêt public, s’inscrit avec force dans ce long processus historique. Mais  - et c’est là qu’il est totalement prêtre et qu’il prend en politique sa pleine originalité, le cardinal n’oubliait pas la société.”

Lisez le Richelieu d’Arnaud Teyssier vous en sortirez édifié et sans doute vous direz-vous que la société de l’ancien régime savait aussi produire les esprits qui firent la France d’aujourd’hui. 

ARCHIBALD PLOOM  

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