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LA DERNIERE DANSE DE CHARLOT de FABIO STASSI :

Voilà un livre dont on se moque de savoir qui en est l’auteur, même si notre intellect en retient par habitude plutôt que par politesse, le nom : Fabio Stassi. Et ce n’est pas être injurieux que de le dire. Bien au contraire… Pour que l’écrit efface l’auteur, il faut à ce dernier soit bien du talent, à savoir du style, chose relativement exceptionnelle, soit être capable d’imprégner son histoire, d’une magie bien particulière, celle qui fait lever chez son lecteur, d’autres images, d’autres parfums, d’autres moments liés à sa propre vie.

Chaplin avait soixante-treize ans lorsque naquit son dernier fils, Christopher. Il lui fallait déjouer la mort s’il voulait voir grandir ce fils. La vie lui offrit ses quinze premières années. On s’imagine qu’il dut parler à la Camarde, peut-être même lui proposer un marché faustien, celui de la faire rire, par exemple. Un éclat de rire, un an de gagné pour lui, un an de patience pour elle. Le temps de réinventer sa propre histoire.

Qu’importe s’il l’invente et la sème de clins d’œil à Paul Auster, au cirque ambulant Bastiani imaginé par Sebald, au Coluccini d’Osvaldo Soriano. Qu’importe s’il emprunte avec jubilation des métaphores à Gianni Murra. Qu’importe si la belle acrobate bancale Eszter Neumann n’a jamais existé, pas plus que Naima ou la vieille noire Makrouhie. Qu’importe qu’Arlequin ait ou non été l’inventeur du cinéma, bien avant les frères Lumière. Qu’importe si les inconditionnels de Charlot y verront la trahison de Chaplin. On jubile de cette balade inventée qui nous transporte dans le monde de Charlot, fait de bric et de broc, de rires et de désenchantements, de flâneries et d’errances, de détours et de retours, de rencontres avec des êtres, poètes et saltimbanques, humbles et sublimes et d’autres, larbins affairistes ou assassins ordinaires. Et on souhaite que la mort se casse encore et toujours le squelette de fous rires jusqu’au moment où il n’y aura plus rien ni à dire ni à entendre.

Dans les pas de Charlot, il y avait les miens, au temps de l’innocence où mon père tendait un drap blanc dans notre salle à manger HLM, allumait un vieux projecteur. Son ronronnement, le rai de lumière, la croix noire en X sur la blancheur de l’écran improvisé. Charlot, Laurel et Hardy, Buster Keaton et WC. Fields.

Un livre comme un souffle d’enfance.

Mélanie TALCOTT - L'Ombre du Regard

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