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L’OURAL EN PLEIN COEUR d'Astrid WENTLAND :

Il est rare que Francis Geffard publie en dehors du domaine anglo-saxon. C’est le cas avec cette oeuvre inclassable, ni roman, ni véritable journal de voyage, d’Astrid Wendlandt, intitulée “L’Oural en plein coeur”.  L’auteur qui a été correspondante au Moscow Times  dans les années 1990, a depuis rejoint la rédaction du Financial Times à Londres puis à Moscou. Depuis 2004, elle est journaliste à l’agence de presse Reuters.  Sa plume est alerte, sans affectation ni prétention, de ces écritures évidentes parce qu’elles se sont forgées dans l’anonymat des salles de rédaction. 

 Découverte  tout à fait rafraîchissante  “L’Oural en plein coeur” nous plonge sur les routes cabossées de l’Oural dans une quête digne d’un Michel Strogoff du XXIème siècle. “Au départ, j’étais partie dans l’Oural pour revoir un rockeur russe que j’avais aimé passionnément quinze ans plus tôt.  En tentant de renouer avec cet ancien amour, contre toute attente, j’ai vécu une nouvelle idylle. Ce qui ne se passe pas est pour le mieux”, disent les Russes. Il faut faire confiance à la vie et lâcher prise pour faire place au meilleur”.  Beaucoup de lecteurs trouveront la formule un peu excessive concernant “ce meilleur” car reconnaissons qu’Astrid Wendlandt est une authentique aventurière, une fille qui n’a pas froid aux yeux et apprécie plus que tout l’authenticité. Tordre le cou aux idées reçues est chez elle l’une des conditions de l’émergence de la vérité.

   Sylvain Tesson a beaucoup aimé cet “Oural en plein coeur”. C’est assez logique car on trouve des liens de filiation très forts entre son travail et celui d’Astrid Wendlandt. "(…) la Russie possède ce que l’Europe n’a plus : de l’espace. La dimension infinie du pays ouvre l’esprit de celui qui le contemple. La Sibérie est l’un des derniers endroits où l’on peut encore disparaître, vivre à des centaines de kilomètres du premier village et imaginer qu’il reste encore des forêts vierges des pas de l’homme. Après la Sibérie, plus rien ne semble sauvage en Europe.”    Reste que cette immensité est aussi peuplée de Russes qui ont parfoit fui la civilisation. “Des hommes et des femmes, souvent érudits, parfois aisés, avocats, hommes d’affaires et artistes ont fait un bras d’honneur à la société et largué les amarres pour s’inventer une autre vie, plus simple, resserrée autour du travail de la terre.” Des aventures humaines qui peuvent faire penser aux années 70 en France lorsque des cadres et des intellectuels quittèrent les centres villes pour tenter autre chose à la campagne.

   L’analogie s’arrête là évidemment car la Russie est la terre des contrastes, des excès et allie les contraires avec une facilité tout à fait désarmante.  Terre de fusion où le rire et les larmes sont des voisins qui se fréquentent activement. Astrid Wendlandt reprend à ce sujet une sentence d’Erasme qui s’y connaissait en folie : “Accordez aussi aux fous une qualité qui n’est pas à dédaigner : seuls, ils sont francs et véridiques.” S’embarquer dans une histoire d’amour avec un rockeur russe de Tcheliabinsk  - “complexe militaro-industriel agonisant sur les flancs sud de l’Oural. Le lieu invite au suicide.”  - est justement une décision qui mériterait de figurer dans “L’éloge de la folie” du théologien néerlandais. Mais revenir 15 ans plus tard pour le retrouver relève d’un acharnement où les filtres puissants de la Russie  doivent certainement jouer à plein. En particulier ceux d’un Oural intemporel  “(…) nous traversons des villages aux isbas chatoyantes. Des oies blanches déambulent sur les trottoirs comme si elles savaient où elles allaient. De chaque côté de la route, des troupeaux de vaches et de chèvres vont et viennent dans les champs. Au loin un homme essouche la terre à l’aide d’une herse tractée par un cheval. Cette image d’un autre siècle rappelle le laboureur de Corot qui inspira plus tard les glacis dénudés de Dali. Dans cette partie du monde, le temps a glissé sans laisser de trace. L’Oural est une machine à remonter le temps.”

De cette terre millénaire semble émerger une espèce de magie minérale puissante, inexplicable et inquiétante : “Eléments que l’on croit sans vie, les pierres possèdent une charge mantique. Certaines émettent une énergie positive, d’autres négative. Certaines guérissent, d’autres rendent malades.”  Où l’on croise d’étranges communautés qui vivent au milieu de rien et rejouent avec quelques décennies de retard les utopies imaginées par Kerouac, Ginsberg, Burrough, célébrant “les grands esprits, la Nature et l’idée chamanique selon laquelle chaque particule, chaque être humain, plante ou pierre est reliée au cosmos.”

Mais il ne faut pas tout raconter, ce qui serait tout de même difficile car ce livre fourmille de détails, de descriptions et d’anecdotes qui le rendent passionnant de bout en bout. Et puis une histoire russe  ne peut pas mal se terminer quand il y a de la passion et de l’amour… N’est-ce pas Astrid ? 

ARCHIBALD PLOOM

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