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VALERIE TRIERWEILER ET L'HONNEUR PERDU DU JOURNALISME :

 Je n’ai pas lu l’ouvrage de Valérie Trierweiler, je ne lis jamais ce genre d’ouvrages, c’est un principe d’hygiène personnel. J’ai appris que des centaines de milliers de Français se sont, eux,  précipités sur  les bonnes feuilles de cette autobiographie vénéneuse.  Ce sont toujours les mêmes, au fond, qui  viennent goûter aux saveurs du caniveau , ceux qui croient que ce type de littérature nous révèle autre chose qu’on ne sait déjà. Il suffit pourtant de plonger dans la noirceur de son âme, où d’assister en spectateur au divorce de proches pour tout connaître  des douleurs et des saloperies humaines.

On peut déjà regretter qu'en cette difficile rentrée littéraire ce tsunami éditorial plonge dans l'ombre des éditeurs qui font des paris plus risqués en misant sur de jeunes écrivains. Je lis actuellement l’œuvre de Sophie Schulze, quelques courts romans et un petit essai aussi fulgurants qu’exigeants. Schulze   interroge la vie en poussant comme Sisyphe son rocher sur la montagne. Je n’ai pas pu m’empécher de penser au Camus de « La Peste » en la lisant. Sophie Schulze cherche  jusqu’à vouloir effacer son nom de la couverture. J’aime cet auteur, j’aime sa rigueur morale… Vous voyez où je veux en venir.

Valérie Trierweiler ne sait rien ni de la rigueur journalistique, ni de la morale. C’est l’époque qui veut ça.  C’est une adolescente blessée qui fait sa crise. Elle est pitoyable, ne possède aucune grandeur.  Elle sort du lit  et ouvre grand la fenêtre : «  Le Président de la République est un salaud, il m’a trompée et donc il vous trompe ! » Bon … Moi je suis un homme,  français  et républicain, je connais les travers des hommes et ceux du politique. Pour moi le président est un homme et un politique. Je suis sans illusion. Mais enfin… Jusqu’où va-t-on aller ?  

Dom Juan trompait-il ses conquêtes où faisait-il  de naïves des femmes lucides ? Certains apprennent d’autres jamais …  Visiblement Valérie Trierweiler n’aime pas les hommes comme ils sont vraiment. A relire le Musset  elle aurait gagné du temps : « Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels… » Quand à François Hollande il se serait évité bien des tracas en acceptant le constat du même Musset : «  Toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ». Oui, oui monsieur le Président  on ne badine pas avec l’amour … 

Pas besoin d’être non plus très psychologue pour poser la bonne équation. Si  Valérie Trierweiler  est femme, elle était aussi journaliste à Paris Match ; journal qui est conduit par un principe très simple : tout déballage médiatique  à un prix  d’achat qui devra être inférieur au bénéfice final qui doit, lui,  trouver le plus grand multiplicateur. .  Notre première dame abandonnée n’a pas fait un autre calcul,  elle déshonore le vrai journalisme d’investigation mais elle gagne gros et elle se venge.  Dom Hollande est précipité aux enfers… Sauf que …. C’est le Président  de la République d’un pays qui s’appelle la France qui n’avait pas besoin de cela.  Allez Français encore un effort !

  Le silence de la caste journalistique germanopratine sur les confusions  entretenues par Valérie Trierweiler signale avec acuité la crise dans laquelle les médias sont inexorablement entraînés :  préséance du direct sur le commentaire à froid,  privilège du sensationnel sur l’information vérifiée.  La vanne des égouts est ouverte et plus personne ne semble être capable de la refermer. Personne pour condamner la collègue qui va trop loin. Pourquoi ?  Elle a fait le boulot après tout, leur donnant à tous du grain à moudre. Désormais il vaut mieux être journaliste que politique.

    Un petit détail est révélateur.  Celui qui voit le triomphe de la femme – ex première dame – mais toujours  journaliste -  bafouée …  Vous savez cette fameuse expression des « sans dents » utilisée à propos des Français les plus pauvres par notre président  sur le ton de la rigolade.  Où est la preuve ?  Juste la parole de  Valérie Charlotte ou Mathurine Trierweiler séduite et abandonnée par Dom Hollande.  Tu parles d’une information.  Il fallait le trouver le petit détail  qui tue ! Le truc qui fait plus vrai que vrai ! Un peu comme les citations d’écrivains qui ne les ont jamais écrites ! « Madame Bovary c’est moi ! »  Reconnaissons que l’expression des « Sans dents »,  dont tous les médias ont fait des gorges chaudes, était bien trouvée. Un peu trop d’ailleurs.  Ces « sans dents » sentent tellement le concept marketing que je ne peux m’empêcher de penser que c’est une balle de plus dans le barillet de la femme déshonorée.  Autrefois les romantiques se brûlaient la cervelle dans des chambres pouilleuses, aujourdhui  une pseudo romantique peut salir le premier des Français avec l’assurance que ça fera du buzz.  La preuve  sur la véracité de la fameuse expression ne sera jamais apportée mais les médias valident.  Peut-on vraiment voir un progrès de l’esprit dans  cette triste pratique journalistique ?   Et un célèbre journal du soir d’expliquer qu’il est bien obligé d’en parler puisque tout le monde en parle… Pourtant personne n’oblige personne à aller faire trempette dans une fosse sceptique sous prétexte que les autres le font.

Quelques jour plus tard une journaliste qui avait partagé la vie d’Arnaud Montebourg déclarait en direct sur  une grande chaîne d’information alors que ce dernier était sommé de quitter le gouvernement  qu’il « venait de prendre un TGV  dans le buffet ». On appréciera le style et la grandeur d’âme qui lui est associée.

La confusion des vies entre journalistes et politiques conduira à la reproduction  inexorable de ce genre de situations.  L’éthique voudrait  que ce fût impossible mais la réalité veut que ça le soit.  Je les plains pour ce qu’ils s’infligeront mais je nous plains de devoir assister à ce triste spectacle. La République n’y gagnera rien et aurait peut-être tout à y perdre.  Disons que le livre d'une journaliste de douze ans et demi séduite et abandonnée révélant de pseudos secrets à propos de notre président et acheté par 500 000 français souligne une évolution inquiétante du lectorat, un affaiblissement de la condition féminine, du journalisme et de notre république . Livre de caniveau, lectorat de caniveau, presse de caniveau, et bientôt sans doute … vote de caniveau …

ARCHIBALD PLOOM

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