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CARNET 83 : UN JOUR A SOI :

Ce  pourrait être le jour idéal pour les livres. Réveillée tôt, je termine dans mon lit les pages de Laurence Tardieu. Après la douche, je lis à mon bureau et en toute tranquillité  ma phrase Du jour de Jacques Jouet et inscris dans le petit carnet bleu Clairefontaine, ce que cette phrase lue m’inspire ou pas. L’après-midi, je me rends chez mon libraire pour acheter deux livres : le Mourir de penser de Pascal Quignard, impossible en effet de ne pas avoir ce titre dans sa bibliothèque, et Quatre vingt-treize de Victor Hugo. Jacques Jouet l’évoque souvent dans ses phrases et j’avoue à ma grande honte n’avoir lu que Cromwell du grand Victor. Heureusement en lecture, il n’est jamais trop tard. Ce jour à moi devient peu à peu le jour des livres même si j’omets sciemment de dire tout ce qui s’est glissé pour tenter de faire que mon jour à moi redevienne un jour ordinaire, bousculé par une multitude de devoirs quotidiens. J’avoue n’être pas douée pour  baliser ce type de jour dans mon agenda, comme si avoir « un jour à soi » était une provocation, une façon d’échapper au sort de tout à chacun et donc de profiter lâchement des heures devenues creuses pour ne pas remplir ses obligations. Ce jour-là, je ne cède pourtant pas aux appels et je poursuis avec les livres. Revenue dans mon salon, je commence à feuilleter et à papillonner autour des mes deux nouveaux achats. Je ne sais pourquoi mais je trouve qu’ils font bon ménage. Je survole les premières pages comme on hume le plat que l’on prépare pour se mettre l’eau à la bouche. Je ne suis pas pressée, je reste encore quelque temps dans le sillage des dernières paroles lumineuses d’Une vie à soi de Laurence Tardieu. Je relis encore une fois ces lignes qui procurent l’envie d’ouvrir la fenêtre du salon et de sentir l’odeur de l’air, geste nécessaire et joyeux quand les pages qui ont précédé cet appel d’air portaient les traces d’une nuit intérieure. Ce livre est une mise en abyme de deux vies : celle de la photographe Diane Arbus dans celle de l’auteur ou l’inverse, qui sait. Le lecteur suit ces deux vies mises en écho : deux créatrices nées dans un milieu social privilégié, ayant reçu toutes deux une très bonne éducation, protégées, ne manquant de rien, fréquentant les gens de bonne famille, ces deux femmes auront pourtant l’une et l’autre le sentiment de ne pas vivre tant qu’elles n’eurent pas rencontré l’art. Elles se risqueront l’une et l’autre à créer au risque de tout perdre : argent, sécurité, liens familiaux protecteurs seulement alors elles auront le sentiment de la vie, d’être en vie. Laurence Tardieu fait de sa rencontre au Jeu de Paume avec les clichés de Diane Arbus un moment déclic, de raccord avec le sens profond de sa vie. Au début de ce texte, l’intime de la petite fille riche agace presque et pourtant ce début incontournable explique la suite. Vivre avec, en, à côté de Diane Arbus crée un effet miroir troublant. Ce duo permet à l’intime du début de se dissiper, de reprendre sa juste place celle qui contrastera à jamais avec l’entrée en écriture. Virginia Woolf souhaitait que chaque femme puisse avoir sa chambre à soi, Laurence Tardieu avec Diane Arbus vivent l’idée  jusqu’au bout : avoir une chambre à soi pour avoir une vie à soi, écrire, photographier comme deux voies possibles. La vie à soi peut aussi sonner la mort à soi comme le décidera Diane Arbus à ses 47 ans en se coupant les veines dans sa baignoire.  Heureusement Laurence Tardieu choisit de rester du côté du positif de l’image et à l’aune de ses quarante ans sort « d’une longue nuit compacte... » et se sait vivante, goutant l’odeur de l’air comme à ses neufs ans.  Ce petit livre est celui d’une traversée rendue possible par l’accroche à l’autre, à une autre créatrice. Il semble qu’aujourd’hui plusieurs écrivains rendent hommage à leurs précurseurs : Rodolphe Barry, à Raymond Carver, Laurence Tardieu à Diane Arbus. C’est un signe des temps, signe que le don des morts est encore accueilli. Danièle Sallenave peut se réjouir doublement : les auteurs morts continuent de nous faire écrire et la vie avec les livres de nous faire vivre.

MARCELLINE ROUX 

marcelline2.roux@laposte.net-                                           -

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