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ISABELLE LA CATHOLIQUE de Marie-France SCHMIDT :

   Marie-France Schmidt a produit depuis quelques années un remarquable travail sur de grandes figures du monde hispanique : Ignace de Loyola, La Duchesse d’Albe, Goya, Isabelle II et Christophe Colomb qui, s’il ne fut pas espagnol  vit son destin intrinsèquement lié au royaume de Castille. Cette fois l’historienne ajoute un portrait clef à cette galerie hispanique, celui d’Isabelle la Catholique.  Figure emblématique de la reconquista, cette femme qui n’aurait jamais dû régner va marquer avec son mari Ferdinand le destin de son royaume.  Née en 1451 elle sera la dernière représentante de la dynastie des Trastamare qui régna près de 80 ans.

   Normalement, Isabelle et son frère Alphonse ne sont pas destinés à régner car leur père Jean II, roi de Castille, a eu un fils, Henri, d’un premier mariage avec Marie d’Aragon. Quand le père d’Isabelle mourra en 1454 son fils accédera au trône sous le nom de Henri IV  de Castille.

   A la mort de son mari Isabelle du Portugal part vivre avec ses deux enfants dans une ville de son douaire, Aravelo, ville mercantile et bien fortifiée. La veuve est mélancolique mais sa fille a hérité du rationalisme de son père. Elle s’accommode de son isolement et murit en jouissant de l’amour de sa grand-mère portugaise maternelle.  L’un des conseillers de la reine mère, Gonzalo Chacón, se fait une haute idée de la souveraineté royale marquée par le sceau divin et il imprime cette conception dans l’âme de l’infante.   Il présente aux deux enfants les Sarrasins comme des hommes sauvages qu’il faudra bien chasser un jour du territoire espagnol.  L’esprit religieux des infants va s’éveiller aux méthodes d’éducation de Chacón qui les emmène visiter les grandes cathédrales comme celle de Tolède.

   Lorsque l’infante atteint ses dix ans les prétendants qui lui sont destinés se multiplient mais celui qu’a retenu Henri IV meurt en 1461.

   Si son demi-frère, Henri IV, a respecté les dispositions du testament de son père concernant l’éducation des infants, il a négligé les clauses financières, en particulier l’octroi d’une rente annuelle,  condamnant les deux infants à une existence bien austère. Par ailleurs l’influence des grands d’Espagne va jouer très défavorablement sur le destin d’Isabelle et Alphonse qui seront arrachés à leur mère pour être amenés à la cour d’Espagne. Enfin la première fille d’Henri IV est proclamée infante d’Espagne en 1462.  Isabelle de son côté est déjà très encline à la dévotion et le roi est obsédé par l’idée de lui trouver un mari afin de l’éloigner définitivement.  Il doit par ailleurs faire face à une opposition de plus en plus forte de la noblesse. Isabelle devient la monnaie d’échange d’un pacte passé avec un allié Pedro Gírón qui va lui aussi mourir avant ledit mariage.

   En 1468 Alphonse, le petit frère d’Isabelle meurt. Elle a dix-sept ans. En 1469 naît le projet de mariage avec le jeune Ferdinand d’Aragon. C’est un avantage commun car l’Aragon a besoin de la Castille pour mener  ses opérations en Catalogne et au Roussillon contre la France de Louis XI. Cette fois le mariage va bien avoir lieu.  Il établit l’union de deux fortes personnalités politiques mais Ferdinand est encore entravé par son père Jean II et Isabelle par son demi-frère Henri IV.

   Mais en 1474 Henri IV meurt. Dès le lendemain du décès Isabelle est proclamée reine à Ségovie. Un document fixe les prérogatives de chacun des époux et si Ferdinand est bien roi de Castille c’est Isabelle qui possède le pouvoir effectif.  Mais l’existence de sa cousine Jeanne, infante d’Espagne, pose un problème de droit car Alphone V roi du Portugal, qui est lié à elle par le sang, la reconnaît comme héritière légitime du trône. Il envahit la Castille mais est vaincu à la bataille de Toro en 1476.  Du coup la plupart des grands d’Espagne se rallie au couple régnant.  Jeanne de Castille devra se retirer au couvent et vivre en recluse.  Cependant le conflit avec le Portugal restera l’un des poisons du règne des deux rois catholiques.

    Reste qu’Isabelle veut aussi traiter le problème religieux sur le territoire de l’Espagne. Elle va mettre au point les institutions de l’Inquisition qui existait déjà en Aragon au XII eme siècle. La nouvelle Inquisition Castillane est placée sous le contrôle de l’Etat, les souverains nommant les inquisiteurs avec l’autorisation papale.  Les menaces turques sur la Sicile dont Isabelle et Ferdinand sont souverains vont accélérer la politique de reconquête du territoire et de repression contre les minorités religieuses.  Les villes sous contrôle musulman tombent les unes après les autres et les bûchers s’allument un peu partout dans le royaume.  Et si une politique de tolérance vis à vis des musulmans est à l’ordre du jour en 1492, il n’en est pas de même pour les juifs et les conversos qui subissent toutes les rigueurs de l’Inquisition. Cinquante à cent mille juifs quitteront l’Espagne.

   C’est au même moment que le couple royal va soutenir l’entreprise du Génois Colomb en finançant sa première expédition vers les Indes par l’Ouest.  C’est le début de l’épopée américaine qui va faire la richesse du royaume d’Espagne et qui contribuera plus tard à son déclin….

   Le travail de Marie-France Schmidt met en évidence l’oeuvre  et le caractère exceptionnels d’Isabelle la Catholique qui avec son époux sut mener une politique puissante au profit des deux royaumes réunis et réussit à reconstituer l’unité du territoire espagnol malgré de sévères oppositions. Politique malheureusement entâchée par le développement de l’intolérance liée à l’Inquisition.

    Il reste néanmoins qu’Isabelle de Castille fut une grande figure dont le destin doit être mieux connu. La lecture de cet ouvrage constitue dans cette perspective une excellente opportunité.

 ARCHIBALD PLOOM

 © Culture-Chronique --                                                

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