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L’OUBLI de Frederika Amalia FINKELSTEIN :

"J'ai enfoui mes souvenirs dans les débris de ma mémoire".

Alma a la vie devant elle et ne devrait pas crouler sous une avalanche d'idées noires. Mais la mémoire s'est retournée contre elle, a cessé d'absorber le temps. Elle s'est déchirée en mille morceaux, dispersés dans le temps car la mémoire est "relayable". Il se peut qu'un jour elle se réveille en ayant tout oublié et se réveiller la mémoire vide. Alma le dit sans honte: elle veut oublier et anéantir cette infâme shoah, que "le gouffre de l'histoire l'ensevelisse"! C'est une pure illusion de croire qu'on peut un jour oublier, parvenir à chasser cette vision de son esprit. La mort,la folie. Alors elle se replie et tente de confier ses sentiments à une machine capable d'émotions. " J'attends du progrès la conquête scientifique de l'émotion".

Ce livre est une folle course poursuite à l'oubli. A la mémoire de son grand-père. Sa famille lui a caché beaucoup trop de détails et de faits sur la vie de ce grand-père mystérieux. Alma est entraînée dans une spirale infernale contre son gré et on suit ses traces, haletant, pas à pas dans l'ombre de ses pas. On tremble à ses côtés. On regarde sa mémoire se fissurer tout comme est le monde, semblable à cette fissure. Elle comprend que son destin est scellé à cette histoire depuis toujours. C'est pourquoi elle a besoin d'effectuer cette recherche. Elle comprend que si elle veut réaliser des choses, il faut suivre le chemin de sa pensée et de sa mémoire aussi détraquée soit elle ou alors disparaître. Disparaître, ce n'est pas forcément mourir dans un monde ou "la carte précède le territoire". Disparaître de la carte, c'est s'abandonner à quelque chose comme une aventure.

Car il arrive que des évènements déstabilisent et bouleversent tout dont la cause n'est pas forcément extraordinaire. comme un court-circuit qui ne prévient jamais, dans un glissement inattendu. Juste une petite phrase prononcée comme un coup de poignard:

"Je te présente Martha Eichman" pour que tout bascule et que la mémoire se rallume, éblouie par ce nom, sorti du fleuve de l'histoire. "Les noms qui ont fait le mal entrent dans la mémoire de manière aussi intenses que ceux qui ont fait le bien." On ne peut rien contre ça! Ce nom est une trace dans l'histoire et on ne peut pas fuir les traces. On les observe. On les regarde évoluer, puis périr. Les traces peuvent blesser, ensevelir. Alma voudrait oublier la blessure infligée et tente par tous les moyens de détruire ce qui pourrait rester de mémoire. Sortir de sa mémoire. Perdre la mémoire du passé pourrait être un début de guérison. "Au même titre que le devoir de mémoire existe, je voudrais que le devoir d'oubli existe aussi".Oublier c'est tenter de vivre. . .

Frédérika Amalia Finkelstein signe là un premier roman éclatant, bouleversant. Elle ne prend pas de gants pour décrire l'horreur avec les mots de sa génération. Il y a une puissance omniprésente dans ce livre, d'une rare intensité portée par un souffle, une écriture, une flamme. Comme une clarté intacte, clamé par une voix singulière, ce livre nous maintient éveillé. .. . nous bouscule et nous interroge. Comme la beauté est étourdissante, ce monde d'oubli n'a pas de réelles limites quant au pouvoir de la mémoire. Vivre dans l'oubli, c'est attendre de se souvenir. L'auteur, nous offre ni plus ni moins un bout de son âme dans son errements intime:" J'ai enfoui mes souvenirs dans les débris de ma mémoire. Peu importent les phrases et si ma parole s'effondre demeureront mon regard et mes peurs. J'ai tout gardé en moi: héros, illusions, romans et rêves, craintes, désirs, écorchés". Elle s'est laissée aspirée par ses pensées les plus obscures parce que "submergée par ce qui l'a précédé". On devine qu'elle n'en est pas sortie indemne. Malgré toute l'énergie qu'elle déploie pour en sortir et de clamer son désir de vivre. Il y a une blessure enfouie qui ne s'est pas refermée et des "pensées à effacer de son destin". Ce qui donne de la force au récit, c'est que ce sont des mots "éprouvés" qui font écho, qui s'imposent comme une urgence d'écriture. Fredérika Amalia a réussi un coup de maître et rentre dans la cour des grands sans rien y laisser paraître avec sa nonchalance singulière. Malgré quelques clameurs dans la presse qui trouvent son livre déconcertant, perturbant. Quoiqu'on en pense ce livre ne laisse pas indifférent et quand on lui pose directement la question, elle se contente de dire que peu importe que son livre remue, bouscule, du moment qu'il est lu pour ce qu'il est. Ce livre résonne en moi comme un cri, une fulgurance et en ce qui me concerne, il a fait mouche. Il m'est allé droit au cœur par le chemin le plus court et on le referme avec le désir secret de le serrer contre soi avec le sentiment qu'on s'en souviendra longtemps. Pour ma part, je m'y suis laissée embarquer. Je me suis oubliée...

LYDIE POESIE

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