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LE SCEPTRE ET LE SANG de Jean DES CARS :

     La France est certes un vieux pays républicain, mais est-ce une raison pour ignorer l’histoire des monarchies européennes sans lesquelles l’Europe d’aujourd’hui n’existerait pas ?   L’ouvrage de Jean des Cars porte le sous-titre “Rois et Reine dans la tourmente des deux guerres mondiales”.  La première guerre mondiale va naître de l’affrontement des monarchies européennes. Il s’agit donc bien d’une “guerre des monarques”. Les rivalités sont politiques, militaires et commerciales mais elles se greffent généralement sur des querelles personnelles qui sont souvent exacerbées par des décennies de détestation. En effet ce que pointe Jean des Cars c’est la forte proximité familiale qui existe entre ces grandes dynasties aristocratiques liées par le sang et leurs mariages respectifs. Au fond les guerres européennes ressemblent durant cette période à des réglements de compte familiaux.

   Qui étaient ces souverains ? Pour la plupart nous ne connaissons rien d’eux. Grâce au remarquable travail de Jean Des Cars, ces personnalités , qui ne représentaient jusqu’alors qu’un nom dans un vieux manuel scolaire, vont s’animer sous nos yeux, rejouant les scènes cruciales d’un passé désormais englouti.  Une Europe dynastique assassinée par le temps, souvent falsifiée et trahie par ses contemporains mais que l’auteur réanime avec un talent incomparable. Où l’on découvre à la veille de la seconde guerre mondiale un François Joseph d’Autriche – qui se levait chaque matin à 4 heures trente pour étudier ses dossiers – veuf  de la fameuse Sissi mais toujours aimé de son peuple ; un Guillaume II brouillon et velléitaire cachant un bras gauche atrophié qui met constamment en scène ces apparitions publiques,  l’opposé  de Victor Emmanuel III roi d’Italie, travailleur sobre, levé tôt et couché tôt, réduisant le cérémonial au strict minimum.

      Le travail de Jean des Cars débute entre 1908 et 1914, cette période qu’il qualifie “d’années dangereuses” et se referme en 1947.  Les portraits se succèdent, liés à des évènements souvent dramatiques : la disparition des Romanov en 1917, le déclenchement de la première guerre des Balkans en 1912 par Nicolas Ier roi du Monténégro – que Raymond Poincaré  qualifiera de “roi plein de précipices comme le Monténégro”,  le glas des empires en 1918, la mort en 1920 du roi de Grèce des suites de la morsure d’une guenon,  l’assassinat d’Alexandre Ier de Yougoslavie à Marseille en 1934. Notons au passage que Guillaume II partira en exil au Pays-Bas dès la fin de la guerre et ne sera guère inquiété alors que Charles de Habsbourg, le fils de François Joseph, est privé de moyens et bientôt banni.  Le plus responsible des deux vivra un exil doré, tandis que l’autre passera son existence dans l’humiliation, la gêne et le dénuement.  Contraint à l’exil en Suisse, voilà comment Stephen Sweig  décrit la scène de cet empereur déchu s’apprêtant à quitter définitivement son pays : “Je reconnus derrière la glace du Wagon la haute stature dressée de l’empereur Charles et son épouse en vêtements noirs : le dernier empereur d’Autriche, l’héritier de la dynastie qui avait gouverné le pays pendant sept cent ans, quittait son Empire. L’Empeur ! Ce mot mot avait réuni toute la puissance, toute la richesse, il avait été le symbole de la pérénité de l’Auriche et, dès l’enfance, on avait appris à prononcer ces syllabes avec vénération. Et maintenant je voyais son successeur, le dernier Empereur d’Autriche, quitter le pays en proscrit.  Tous ceux qui nous entouraient sentaient l’Histoire, l’Histoire universelle dans ce spectacle tragique.”

   Au fond les destins tragiques sont le lot commun des monarchies et à ce titre la lecture de “Le sceptre et le sang” souligne l’intelligence de la famille royale d’Angleterre qui sut toujours accompagner le destin du Royaume Uni  - exception faite de l’affaire Diana -  au point de confondre la couronne avec  celle du peuple britannique.  La première et la seconde guerre mondiale renforceront finalement la famille royale en tant que symbole de stabilité là où d’autres dynasties firent naufrage.

   Ouvrage documenté et bourré d’anecdotes passionnantes “ Le sceptre et le sang” fournit une jolie séance de rattrapage historique à tous ceux qui veulent comprendre le destin du continent européen  depuis le fin  du XIX eme siècle.

ARCHIBALD PLOOM

 © Culture-Chronique --                                                

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