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UNE HISTOIRE DU IIIeme REICH de François DELPLA :

   Le troisième Reich ne dura que treize ans. Il fut un totalitarisme radical tourné vers un but unique : une réorientation complète de l’humanité sous la conduite d’une prétendue “race aryenne”. Il va mobiliser pendant ces treize années une Allemagne humiliée qui va se mettre au service des fantasmes mortifères de son chef Adolf Hitler.

   François Delpla qui a déjà publié une remarquable biographie d’Hitler et plusieurs  ouvrages sur la seconde guerre mondiale nous propose d’entrer dans la chronologie de ce Reich si court et si sanglant avec cette "Histoire du IIIeme Reich".  Tout commence par la folie individuelle d’un homme qui sut capter à son profit les frustrations collectives de son pays. La gestation du nazisme naissant évidemment dans le creuset du désespoir des anciens combattants valeureux mais défaits, des réparations délirantes que la jeune république de Weimar doit payer pour les erreurs de l’Empire et sans doute par l’aveuglement des milieux conservateurs allemands et des puissances étrangères.

   Il faut toujours garder en mémoire que le NSDAP  est arrivé au pouvoir par la voie légale, réglant par la violence le problème de ses opposants une fois seulement au pouvoir bien que la manière forte ait toujours été dans sa nature.   Delpla met en évidence le fait que le noyau dirigeant du NSDAP est stable depuis 1929. Il est composé de :

       • Herman Göring (né en 1893), pilote émérite de la Grande Guerre, devenu principal collaborateur d’Hitler sur les questions politiques, et sa caution dans les milieux bourgeois : il aime le luxe, les décorations et aime s’habiller de manière excentrique

• Joseph Gobbels (né en 1897), gauleiter de Berlin, orateur le plus en vue du mouvement après Hitler et responsable  de sa propagande.

         Rudolph Heiss (né en 1894), homme de confiance   et homme à tout faire de Hitler  (il avait collaboré à la rédaction de Mein Kampf) qui succède à Gregor Strasser en décembre 1932 à la tête des services centraux du parti, son adjoint Martin Bormann (né en 1900) joue aussi un rôle important dans la gestion des affaires d’Hitler.

       •  Heinrich Himmler (né en 1900) qui dirige depuis le début de 1929 les SS, garde personnelle de Hitler, créée en 1925, elle devient progressivement, sous sa houlette, un corps d’élite spécialement dressé pour obéir au Furher ; il recrute comme adjoint Reinhart Heydrich  (né en 1904) qu’il charge de créer le SD, les services de renseignement du Reich.

       •  Alfred Rosenberg (né en 1893) qui joue un rôle d’idéologue et dirigera le quotidien du Parti et sera à la tête de son bureau des Affaires Etrangères.

       •   Robert Ley né en 1890, gauleiter de la Ruhr et adjoint de Hess à la direction du parti, en charge principalement des ouvriers.

 Hitler s’appuiera tout au long de ces treize années sur ce petit groupe de fidèles multipliant les conversations seul à seul  et cloisonnant strictement leurs missions. Les uns apprenant toujours tardivement les décisions prises avec les autres. 

  Delpa montre comment le totalitarisme va progressivement gagner l’Allemagne après la victoire électorale de 1933 : l’incendie du Reichstag qui permet l’élimination des communistes, la fin du fédéralisme avec la suppression de toute autonomie des Länder, la loi sur les pleins pouvoirs qui annonce les funérailles de la démocratie. En quelques mois tout est réglé au profit du nouveau chef et de son parti et dans la ferveur populaire. Suivront la mise à mort des syndicats, les autodafés,  la domestication des éditeurs allemands, la mise au pas radiophonique et au final la liquidation des partis.  Le feu a pris doucement mais l’incendie anti démocratique s’est propagé à une vitesse folle emportant tout ce que la jeune République de Weimar avait péniblement construit.

   Par ailleurs l’historien met en évidence  que le réarmement de l’Allemagne prend le pas dans le domaine économique  sur toute autre considération. Les Allemands devant importer tout ce qui est nécessaire à la fabrication des armes : fer, caoutchouc, pétrole, cuivre, chrome…exportant juste assez de marchandises pour couvrir ces dépenses.  Le Reich s’isole économiquement dans cette politique de cavalier seul.

   Le retour de la Sarre dans le giron allemand en 1935 préfigure la méthode de prise de contrôle des nazis sur les territoires qu’ils convoitent . En 1936 l’adhésion des jeunes gens aux “Jeunesses hitlériennes” est rendue obligatoire pour les filles et les garçons à partir de dix ans.  D’ailleurs Hitler qui organise les jeux Olympiques à Berlin en 1938 fait un parallèle entre le Reich et la civilisation grecque antique : “Jamais la race humaine n’a été autant dans son apparence que dans son tempérament, plus proche de l’Antiquité qu’aujourd’hui. Le sport, les jeux de compétition et de combat sont en train de tremper des millions de jeunes corps, et ils prennent de plus en plus une forme et une constitution  inconnues depuis un millier d’années.”

   L’engagement d’Hitler dans la guerre d’Espagne est en fait, pour Delpa, un engagement à court terme, qui lui permet de roder la Lutwaffe en vue de la future Blitzkrieg. L’Anschluss en 1938 renforce encore les nazis dont les supporters sont nombreux en Autriche, rapidement la Gestapo et le SD prennent en main la population autrichienne. Le temps n’est plus au compromis. Hitler et ses hommes foncent désormais vers la guerre. 

   Le saut vers la guerre et la politique d’extermination des juifs soulignent le développement du projet nazi à la fois dans sa politique de captation de territoire dans une visée de pillage systématique au profit du Reich  ; mais aussi une politique raciste qui désormais révèle sa nature impitoyable et inhumaine.  Où l’on peut dire que l’effondrement de l’armée française en 1940 est une catastrophe pour la France mais aussi pour toute l’Europe.

   Néanmoins Delpa pointe que le pari perdu à L’Est et l’enlisement qui va suivre marque le début de la  fin pour un régime qui ne sait que pousser ses avantages mais qui se montrera moins inspiré dès lors que son expansion est arrêtée en Russie et en Afrique. Le tournant de Stalingrad  s’il  ne saigne pas définitivement la Wehrmacht qui est encore loin d’être à bout de ressources, constitue un retournement historique. Désormais le Reich n’avance plus et il ne va pas tarder à reculer sous les coups de boutoir conjoints des alliés. L’Allemagne devient la proie quotidienne des bombardements, la Sicile tombe et l’Italie devient un nouveau front et le débarquement de Normandie oblige la Wehrmacht à de nouveaux sacrifices. Jamais armée ne dût s’activer sur autant de fronts et sans doute l’idéologie nazie et le fanatisme de certaines unités empêchèrent-elles un effondrement rapide du régime. En Normandie certaines poches de résistances allemandes sont sacrifiées pour gêner le ravitaillement ennemi. Notons d’ailleurs que l’expansion de la Waffen-SS de 100 000 hommes à la fin de la campagne de France à 800 000 à la fin de la guerre souligne la radicalisation fanatique du régime. Goebbels restera jusqu’à la fin un fou d’”Hitler”espérant même un revirement de Truman vis à vis de l’Allemagne Nazie à la mort de Roosevelt.

  Le régime tiendra jusqu’à ce que les soldats russes prennent le Bunker d’Hitler où il vient de se suicider.  Incroyable dénouement… Himmler arrêté par les Anglais croque une capsule de cyanure, Gobbels se suicide dans le bunker avec femme et enfants.

   Durant le procès de Nuremberg l’historien s’étonne des peines plutôt clémentes à l’égard de Speer, architecte du Reich et assassin à grande échelle  de la main d’oeuvre concentrationnaire, de Funk qui monnayait l’or dentaire, de Baldur von Schirach qui avait dressé la jeunesse à tuer. Les autres dirigeants tels que Göring, Ribbentrop, Keitel, Rosenberg sont condamnés à mort. Comme l’écrit avec  lucidité François Delpla dans sa conclusion, la hauteur de vue juridique du procureur Jackson, qui dirigea le tribunal, acheva de dissiper le cauchemar et permit de relancer l’humanité sur une voie de reconstruction.

 Notons d’ailleurs au passage que Delpla ne néglige pas d’analyser les positions d’Heiddegger et de Carl Schmitt pointant les responsabilités et irresponsabilités de l’un et de l’autre.  Cette histoire du troisième Reich constitue une introduction indispensable à la compréhension du phénomène nazi en établissant un panorama historique solide s’appuyant sur les dernières recherches dans ce domaine.

PIERRE-ANDRE D'AGUESSEAU

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