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CARNET 85 : INFUSONS ! :

Et si lire était une simple ou difficile affaire de décantation ? Je viens de faire une bizarre expérience aujourd’hui en préparant un entretien avec le chorégraphe Sylvain Prunenec sur Les Vagues de Virginia Woolf. Je relisais pour me mettre les idées en place la biographie d’Alexandra Lemasson sur Virginia Woolf. Je parcourrais les pages des Vagues, sans idée préconçue, juste pour nourrir quelques questions, réveiller mes sensations, revenir à l’oeuvre à ma façon, histoire d’être à la hauteur de la conversation que j’allais devoir conduire. Dans cette replongée légère, j’ai pris conscience de tout ce qui prend sens, se stratifie, décante qu’au fil du temps. Beaucoup des éléments biographiques sur Virginia Woolf que je lisais étaient connus de moi : son suicide dans la rivière l’Ose, sa vie à Bloomsbury, la mort de sa mère, son enfance victorienne, l’éducation donnée aux garçons tandis que les filles n’ont pas le droit de fréquenter les écoles, les quartiers d’été en Cornouailles à Saint Yves, sa relation essentielle teintée de rivalité avec sa soeur peintre Vanessa, le rôle de Léonard, son mari, infirmier, éditeur, grand intellectuel, son Londres, son combat pour le féminisme, sa folie mais aussi sa force incroyable à combattre la folie pour mener de front écriture, lectures, articles, vie mondaine, voyages etc… Oui je savais. Et pourtant, à rester honnête, ce n’est qu’à ce moment-là que je sentis profondément, pas comme une information extérieure donnée, à quel point les moments d’éveil à St Yves dans la chambre de la maison d’été avaient sans cesse été revisités par Virginia Woolf dans ses récits. A la façon d’un Proust, elle avait sans cesse réécrit à partir de ces impressions d’enfance, ces sensuels moments de nature, de lumière à travers un rideau, d’observation des régates sur l’eau. A Rodmell, dans sa Monk House, sa maison de moine, période heureuse de sa vie, Virginia renoue d’ailleurs avec ces impressions en faisant de longues marches dans la campagne du Sussex. Je me suis dit que je savais tout cela mais le temps passant, je le ressentais d’une autre façon, moins superficielle, moins érudite, plus réelle. A fréquenter les paysages londonniens de V. Woolf, à relire ses notes de journal, à reprendre quelques phrases des Vagues, une cohérence m’apparaissait. Je suis décidément lente à saisir des évidences : il  m’a fallu mûrir avec les oeuvres pour commencer à les « entre apercevoir ». Je  ne pourrai décidément approcher de façon profonde que peu d’auteurs. J’aurai eu besoin de toutes ces années pour établir des liens entre ma lecture de Proust et celle de Virginia. Je connaissais l’intérêt de Woolf pour "La Recherche", sa lecture passionnée mais aussi critique, mais je n’avais pas senti profondément la force résonnante de leurs démarches. Je saisissais que mon parcours de lectrice était plus cohérent que je ne le soupçonnais. Quand aujourd’hui on nous laisse croire que notre cerveau n’a plus besoin d’apprendre, que sa mémoire est transposée dans google et qu’il n’est plus nécessaire de s’encombrer d’informations inutiles, j’ose sourire. Si par hasard d’autres humains ont le même handicap de nécessaire infusion lente que moi, les lecteurs capables de donner des renseignements intéressants sur une oeuvre se multiplieront sur les réseaux du net mais vivront-ils une décantation intérieure au point de sentir que l’information reçue fait partie d’eux quoiqu’il arrive, qu’ils sont devenus presque devenus l’auteur de cette pensée. Je dois faire partie du groupe des vieux et des lents, qui ont besoin de fréquenter l’oeuvre d’un auteur au moins 15 à 20 ans pour avoir quelques éblouissements de pensée. Je veux bien croire que je ne suis pas un modèle de vitesse mais peut-on vraiment faire l’économie de ce temps ? Mes chroniques tourbillonnent jamais très loin de certains noms, reviennent comme autant de phalènes vers leurs lumières, histoire de déposer quelques lueurs en moi, de celles qui chemineront et se transformeront, à moins qu’elles ne me brûlent. C’est un beau risque à prendre !

Les Vagues / Virginia Woolf Folio Gallimard

Virginia Woolf / Alexandra Lemasson Folio

Vos jours et vos heures, chorégraphie de Sylvain Prunenec à partir des Vagues

MARCELLINE ROUX 

marcelline2.roux@laposte.net-                                           -

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