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1916 L’ENFER de Jean-Yves LE NAOUR :

“Verdun, ce n’est pas qu’un soleil qui perce des nappes de gaz, c’est aussi des poilus qui assassinent des prisonniers allemands, des Feldrauen qui égorgent des prisonniers français, des redditions collectives, comme au bois de Malencourt, en avril, et même une mutinerie du 140 eme régiment d’infanterie, le 14 mai,  qui se manifeste par le refus de remonter en ligne d’une centaines de soldats.” Ces quelques lignes tirées de 1916 L’enfer  de Jean-Yves Le Naour  permettent de comprendre l’état  des troupes sur le front français en  après deux ans et demie de guerre. Elle est loin la guerre “fraîche et joyeuse” de 1914, celle qui devait de part et d’autre régler le problème en un mois.  Les hommes sont épuisés par une guerre de position qui abrutit les soldats et les transforme en bêtes apeurées par les bombardements incessants ou en fait  des monstres sans coeur lors des assauts.  Ce troisième ouvrage de la magnifique série  qu’a initiée Jean-Yves Le Naour permet de comprendre comment les consciences ont évolué  à mesure que le conflit s’enlise.  Il insiste en particulier sur la rhétorique du commandement militaire  qui  transforme les défaites en victoires avortées…

   En 1916, le crédit du haut commandement s’est considérablement érodé depuis plusieurs mois . Le général de Castelnau, l’adjoint du généralissime Joffre connu pour son indécrottable optimisme,  n’a pas de mots trop durs contre la guerre d’usure prônée par son supérieur : “ L’armée française a passé  toute l’année 1915  à s’user les dents jusqu’à la racine contre un mur”.   Lorsque Foch se refuse à reprendre l’offensive à Verdun  faute d’être en supériorité numérique Castelnau va  laisser toute sa morgue  sourdre  dans une déclaration d’une ironie mordante : “  Vous supprimez l’ennemi ! Il existe cependant et ne nous laisse pas tranquille jusqu’à l’année prochaine. Nous devons dégager Verdun. Il n’y a qu’un moyen : offensive sur le front russe et le front anglais, aidée par une offensive française plus ou moins puissante . J’ai écrit aux Allemands que leur procédé n’était pas équitable, qu’ils devaient, pour nous attaquer, attendre que nous ayons plus de force et de matériel. Mais ils m’ont envoyé me faire foutre …”

   En plus de Verdun, un nouveau front s’ouvre, celui de la Somme où les troupes britanniques sont en nombre. Le 1er juillet, le jour du Big Push,  la journée commence par  un bombardement de 3500 coups minute des lignes allemandes. 1,5 millions d’obus sont tirés durant la journée.  Puis  à 7h30 les troupes britanniques sortent des tranchées. En six minutes 30 000 anglo-saxons sont tués ou blessés. A la fin de la journée sur les 320 000 hommes engagés, 60 000 manquent à l’appel.  Cette funeste journée devient le Bloodiest Day.  Face à ces chiffres hallucinants on comprend pourquoi.

   Jean-Yves Le Naour aborde aussi les affrontements politiques qui se jouent à l’arrière durant toute l’année 1916 en France, l’Union sacrée qui se fissure, les menées souterraines pour se débarrasser de Joffre et d’Aristide Briand.  La Russie qui se délite après l’échec de l’offensive Broussilov.  Et puis les croyances des uns et des autres sur l’adversaire. Ainsi pour les Allemands, les Français ne sont pas perçus comme des adversaires irréductibles mais plutôt comme des imbéciles qui se font tuer pour le compte de l’Angleterre. Ce sont les Anglais qui refusent à l’Allemagne sa place au soleil…

  En 1916 la révolte gronde dans la troupe. A Verdun les soldats  qui défilent devant le général Mangin  lui crient : “Assassin !”   “Les poilus qui montaient vers la mort maudissaient leurs chefs comme ils maudissaient la guerre, mais ils montaient.  Napoléon l’avait déjà écrit à propos de ses soldats : “Ils grognaient, mais ils marchaient.” Jusqu’à quand ?” C’est la question qui reste en suspens au terme de ce troisième ouvrage sur la grande guerre. 

   Cette somme de Jean-Yves Le Naour devient  désormais incontournable. Elle constitue une référence grâce au sens du récit de l’historien qui parvient en embrasser tous les enjeux  et les réalités  de ce terrible conflit.  Etonnant travail de documentation et d’analyse qui parvient à passionner  le lecteur de bout en bout.  

PIERRE-ANDRE D'AGUESSEAU

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