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COLBERT de François D'AUBERT :

La publication du Colbert de François d’Aubert en poche est une excellente nouvelle à double titre : d’abord parce que François d’Aubert sait écrire sans nous imposer une érudition assommante, ensuite parce que le personnage de Colbert gagne à être connu sur le plan humain et politique.  Il constitue avec Talleyrand, Richelieu, Sully et Mazarin l’une de ces personnalités de premier plan, grand serviteur de l’Etat et de ses propres intérêts, qui sut se maintenir au plus près du soleil sans se brûler les ailes.  Performance compliquée où Fouquet, son prédécesseur, se montra moins doué puisque sa chute – à laquelle Colbert ne fut pas étranger – le conduisit tout droit en forteresse.

    Il n’est pas rare que le mot colbertisme soit, ici ou là, employé dans l’actualité sans que les Français sachent qui était exactement Colbert.  Beaucoup l’associent au règne du Roi Soleil, quelques uns au développement des manufactures et de la marine françaises. Mais peu savent exactement quelle était la personnalité de ce fils de drapier, né en 1619, et qui entrera en politique à l’âge de 24 ans pour arriver, au terme d’une ascension fulgurante, au poste de contrôleur général des finances et mourra jeune, riche et craint.

   Jean-Baptiste Colbert fait partie des images d’Epinal que les maîtres de la IIIème République ont contribué à forger, celui d’un serviteur de l’Etat désintéressé et besogneux. François d’Aubert révèle au contraire un personnage complexe, prêt à tout pour conserver le pouvoir, cassant et sans scrupule, souvent glacial, au point que Madame de Sévigné le surnommait “le Nord”.

   Comme le souligne François d’Aubert, Colbert est le fruit d’une époque.  Celle où le mercantilisme était une obsession pour la possession de métaux précieux partout en Europe. Ses priorités données au commerce et aux manufactures ne peuvent faire oublier sa coupable négligence pour l’agriculture alors que 80% de la population est rurale.  Par ailleurs l’omniprésence de l’Etat actionnaire ou subventionneur n’était un gage ni de success ni de pérénnité. La compagnie des Indes occidentales a fait faillitte, celle des Indes orientales ruinée sera mise en veilleuse… Dans le système colbertien, les manufactures ne résistent qu’à l’abri de monopoles, de super tarifs douaniers, de subventions et de commandes royales.

“C’est finalement la politique culturelle et le mythe voltairien de Colbert “protecteur de tous les arts” qui résistent le mieux à l’épreuve de la démythifaction.”

   D’Aubert réussit un remarquable travail d’historien en replaçant l’oeuvre de Colbert dans son contexte sans omettre de révéler les contrevérités et les contradictions qui sont généralement associées à un personnage dont la psychologie  est assez loin de la couronne de vertu dont l’histoire officielle a bien voulu le coiffer. 

PIERRE-ANDRE D'AGUESSEAU

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