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EN TENUE D'EVE - FEMININ, PUDEUR ET JUDAÏSME de Delphine HORVILLEUR :

      Delphine Horvilleur, femme et rabbin, propose dans ce livre une réflexion sur la femme et le féminin dans les textes sacrés du judaïsme, d'une originalité et d'une modernité passionnantes. A ce titre, elle s'inscrit, comme elle le rappelle elle-même, dans la tradition juive de l'interprétation des textes qui honore le dialogue contradictoire et l'interprétation plurielle (makhloket). Il en découle une lecture à contre-courant de plusieurs idées reçues. Par exemple, l'Eve du deuxième chapitre de la Génèse, dérivée de la côte d'Adam et soumise à lui, s'oppose à la proto-Eve (Lilith) du premier chapitre, qui est créée en même temps qu'Adam et est son égale. Il en découle une reconnaissance de l'être androgyne, qui conduit Delphine Horvilleur, à partir d'une distinction entre le sexe et le genre issue d'une interprétation du Deutéronome, à ne pas hésiter à situer le judaïsme dans la ligne de la théorie du genre.

       Concernant la pudeur, les récits de la Genèse, ou l'histoire de Noé, enseignent que le vêtement est plus une condition du désir et de la rencontre, que le signe d'un corps coupable. Le vêtement, ou le voile, renvoient en effet à la coupure originelle entre l'homme et la femme, à la fin  de la fusion, qui fait naître le désir au lieu de le censurer. La sensualité et la reconnaissance du désir sont d'ailleurs rappelés par la lecture du Cantique des cantiques, où l'érotisme est la métaphore du lien de l'homme à Dieu.

       Cette reconnaissance du féminin implique in fine une relecture du masculin lui-même. Si l'homme, dans ses prières, remercie Dieu de ne pas l'avoir fait femme, il n'en demeure pas moins qu'une féminisation du mâle est également présente. Qu'il s'agisse de l'image du peuple juif, épouse de Dieu, de la circoncision, ou de la procession pendant l'office, les exemples ne manquent pas d'une masculinité accueillant sa part de féminité. Delphine Horvilleur, notamment à travers l'histoire de Rabbi Yoh'anan et Rish Lakish, en conclut que le modèle rabbinique de la virilité est distinct de celui de la tradition romaine. L'érudit est préféré au gladiateur. Tout comme finalement la femme, à travers la figure de Berouriah, est elle aussi capable d'une lecture virile des textes.

       L'ensemble de ces analyses sont fondées sur une lecture fine et érudite, qui bannie le discours simplificateur ou militant. Delphine Horvilleur renouvelle, à ce travers cet essai, une tradition exégétique que l'on croyait, à tort, figée. Elle s'impose ainsi en véritable réformatrice rabbinique.

Sophie SCHULZE

 

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