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RESTER JUIF ? de YaëL HIRSCH :

Peut-on choisir de ne plus être juif ? C’est la question qui traverse l’ensemble de l’essai de Yaël Hirch "RESTER JUIF?" .  Docteur en sciences politiques et professeur à Science Po Yaël Hirch avait déjà travaillé  sur ce thème en soutenant sa thèse sur la question de la conversion des juifs au christianisme . Dès l’introduction de son ouvrage la difficulté de la question générique  est posée : “ Je suis née dans une famille juive de résistants et de survivants, pour qui se convertir après la Shoah est un choix impossible : rompre avec le judaïsme, c’est oublier la mort et refuser de perpétrer une identité de rescapée, c’est trahir une communauté décimée.”  Phrase introductive d’une force terrible qui interroge tous les juifs et tous ceux qui ne le sont pas. Peut-on tourner le dos à une communauté qui a dû faire face à la plus terrible et à la plus systématique tentative de génocide  jamais perpétré dans l’histoire de notre civilisation ?

   Yaël Hirsch  va  porter le scalpel de son analyse sur les intellectuels emblématiques du XXeme siècle qui nés juifs ont pensé un jour se convertir au christianisme.

L’auteur nous propose une réflexion en trois parties.  Elle pose d’abord les enjeux complexes qui soulèvent une conversion aussi bien pour les individus qui la vivent que pour les groupes sociaux qu’ils quittent ou qu’ils rejoignent.  La seconde partie du livre interroge la spécificité de la conversion des juifs en la replaçant dans le contexte heurté et menaçant du XXeme siècle. Enfin Yaël Hirsch tire les conséquences politiques des résultats obtenus, ce qui nous interroge évidemment sur la conception de l’universel que les démocraties occidentales ont en partage.

   Se poser la question de la conversion permet donc de se situer au coeur d’une tension entre un idéal politique de liberté individuelle et une réalité sociologique du refus de la rupture .

   L’auteur  envisage l’acte de conversion dans toute sa complexité : “ Isolés dans une quête existentielle, les convertis se retrouvent ainsi parfois au bord d’un gouffre . Pourtant, quand ils parlent de leur conversion, ces sujets évoquent leur changement d’identité  en termes “de vérité” et ils le présent bien souvent comme la seule solution pour sortir de leur impasse sociale, spirituelle ou existentielle.”

  Yaël Hirsch va retracer plusieurs dizaine de trajectoires existentielles qu’il s’agisse d’Henri Bergson , de Simone Weil, de Jean-Marie Lustiger, de Max Jacob ou d’Edith Stein, nous permettant de mieux saisir tous les enjeux  qui sont associés à des cheminements qui sont loin d’être rectilignes.

Elle éclaire par ailleurs la notion  de “peuple juif” en pointant l’évolution historique  de ce concept  en constante évolution : “ La notion de “peuple juif” regroupe originellement  ceux qui respectent la loi juive. Mais au XIXeme siècle, avec la montée des mouvements nationaux, cette idée prend une autre connotation. Tout se passe comme si les membres de ce peuple , même s’ils n’habitent pas un territoire commun, ne parlent pas une langue unique et ne suivent pas les mêmes traditions, pouvaient eux aussi se considérer comme un corps politique . Le mot “peuple” suggère alors  que les juifs constituent une “nation” dans la Nation.  (…) L’idée de peuple juif comme “nation” dans la Nation nourrit largement l’antisémitisme et une méfiance à l’égard des individus juifs, même ceux qui se sont éloignés de la loi juive et détachés du peuple. (…) La situation devient plus délicate encore avec la naissance d’un nationalisme juif , le sionisme, à la fin du XIX eme siècle , et la création d’un état hébreu en 1948.  (…) Et le juif de diaspora se retrouve dans une situation très inconfortable, puisque du point de vue du pays dans lequel il vit et il vote, s’il dit appartenir à un “peuple” juif  il se met dans une situation communautariste et peut être perçu comme une menace pour la cohésion nationale du pays dans lequel il habite.”

  Cet ouvrage  d’une grande richesse de perspectives  se place face à l’histoire tout en tournant son regard vers l’avenir car au fond  ces convertis  sont des émissaires à la croisée des traditions politiques et théologiques  pointant les paradoxes de notre démocratie. Nul doute que pour tous ceux qui veulent faire vivre la laïcité dans notre pays ce "RESTER JUIF ?"  sera une lecture indispensable. 

 ARCHIBALD PLOOM

 © Culture-Chronique --                                                

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