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JE NE VOUS QUITTERAI PAS de Pascal LOUVRIER :

 Après de nombreuses années passées au service de la romance des autres comme biographe ou « gostwriter » pour les politiques, Pascal Louvrier sort de sa planque afin de faire entendre sa propre voix d’auteur avec un premier roman dont la fluidité est l’aboutissement de toutes ces heures consacrées à combler les blancs littéraires des moins inspirés que lui. Pourquoi avoir attendu si longtemps est en effet la question que l’on est en droit de se poser tandis que l’on effeuille les premières pages de ce livre dont la saisissante harmonie nous convie dans une histoire dont on pressent qu’elle restera en mémoire. Une véritable histoire d’écrivain qui choisit de faire d’un autre écrivain son héros.

Jacques Libert romancier vieillissant à bout de souffle est le héros de ce texte, celui par qui le scandale littéraire arrive. Célèbre bien qu’oublié par les honneurs, buveur trop lucide pour l’ivresse, retiré à Dieppe dans une bicoque à flanc de falaise aux allures de motel Hitchcockien, il décide avant de quitter ce monde de confier à Louise, ravissante étudiante en philosophie, ce que furent les tours et détours de son passé. En effet au-delà de l’auteur reconnu et du bibliophile chérissant ses deux exemplaires de « La chute » d’Albert Camus, Jacques Libert fut aussi l’oreille et la main de François Mitterrand avec lequel il partagea une singulière amitié pendant quarante années. Quatre décennies d’admiration indéfectible pour le sulfureux homme à la rose dont l’impassible masque cireux dissimulait des émotions complexes et une intimité souvent tragique. En cheminant aux côtés de l’ombrageux homme d’état animé par le sens du destin et pourvu d’un sixième sens quasi charnel de la prise du pouvoir, c’est aussi sa propre alchimie intérieure que découvre Jacques Libert. Une alchimie qu’il sait mettre en mots tandis que le Président en proie au feu de l’action et soucieux de la place qu’il veut laisser dans l’histoire laisse aux écrivains le soin d’imaginer. Reliés par le carmin du drame, les deux hommes ne cesseront de rôder l’un autour de l’autre avant d’entonner une mélopée d’adieu aux vibrations d’opéra dont on comprend que le chef d’orchestre demeure la femme. Car en arrière-plan de la prédation du pouvoir et de sa procession de coups bas, c’est bien l’amour si fugitif qui demeure la fêlure des deux hommes. Celui insuffisant de l’enfance comme celui qu’il est difficile d’accorder à une femme. Cette femme qu’on laisse chuter ou se détruire pour mieux éviter l’affrontement avec son propre déclin. Quand sonne l’heure des remords, c’est à nouveau une femme incarnée ici par Louise, l’étudiante en philosophie, qui viendra par sa dialectique et sa valeureuse curiosité ébranler les dernières certitudes …

Foisonnant et érudit dans son propos, limpide dans sa forme « Je ne vous quitterai pas » est un roman que l’on ferme à regret car au-delà d’une immersion très documentée dans un demi-siècle de politique française où le mot normal n’avait pas encore sa calamiteuse place, c’est bien une tragédie de l’intime en miroir que propose Pascal Louvrier avec ce texte empreint de solitude et de mélancolie agitée. Au diapason avec les remous des vagues et les soleils de la Manche dont les éclipses sont autant d’invitations aux réminiscences, « Je ne vous quitterai pas » est un livre flamboyant et nostalgique où l’on devine l’admiration de l’auteur pour la grande littérature mais aussi son humilité face à l’éclat des mots. Il y a quelque chose du Romain Gary de « Clair de femme »  dans cette plume naissante qui renoue pour notre plus grand plaisir avec l’empathie romanesque et le déploiement élégant de la narration. 

ASTRID MANFREDI

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