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ENTRE FRERES DE SANG de Ernst HAFFNER :

« Entre frères de sang », ou le sang noir de la galère. Car c’est bien l’obscurité de ceux nés sous une mauvaise étoile qui est l’épine dorsale de ce récit berlinois et frondeur suivant à la trace une bande de gamins laissés pour compte.

Immersion dans la grande dépression d’une Allemagne bafouée par la défaite de la première guerre mondiale qui a abandonné ses exclus, « Entre Frères de sang » retrace le parcours d’adolescents sans repères confrontés à l’âpreté de la rue, à l’ivrognerie précoce et aux dépucelages expéditifs entre les cuisses de catins avides de Schnaps. Willi et Ludwig sont les héros involontaires de cette insomnie sans répit. Tous deux délaissés par leurs familles, placés dans des foyers de redresseurs de torts où la brimade fait office d’éducation, ils décident de faire le mur pour entrer dans Berlin. Berlin l’aventureuse et son offre de cabarets louches. La capitale providence où il y aura toujours une soupe aux pois, une saucisse à l’ail, une blonde bien fraîche pour s’enivrer ou encore un matelas infesté de punaises pour trouver quelques heures de sommeil.

Sans papiers, poursuivis tantôt par la police ou les services sociaux, ils affrontent la misère crasse et le vice avec pour seul atout la vitalité que leur accorde encore leur jeunesse. De foyers pour sans domiciles fixes où s’entassent des générations d’hommes et de femmes privés d’emploi et de perspectives, aux toilettes publiques où contre quelques pièces ils offrent leurs jeunes corps, le chemin de croix est jalonné d’humiliations et la survie est la seule issue qui s’offre pour avenir. Parce qu’on est plus fort quand on est ensemble, ils se retrouvent bon gré mal gré enrôles dans un gang  de voyous mené par le charismatique Jonny aux poches pleines qui nourrit ses ouailles pour mieux les assujettir à la délinquance. Un parcours hors la loi que ne choisiront ni Willi ni Ludwig soucieux de conserver un peu de dignité. Seules l’ingéniosité et la débrouillardise les mèneront vers des cieux moins hostiles …

Journaliste, travailleur social, Ernst Haffner l’auteur entouré de mystère de ce réquisitoire contre une société allemande bourgeoise et bedonnante qui exila sa jeunesse sur le trottoir, remporta un succès considérable en 1932 quand il publia ce seul et unique texte. C’est toute une Allemagne indigente disposée à s’engouffrer dans les extrêmes que nous offre à lire cet écrivain aux ambitions de sociologue. Ecrit avec une plume d’une étonnante modernité, « Entre frères de sang » évite l’écueil du tire-larmes et de la tirage Hugolienne. Interdit par les nazis qui ordonnèrent son autodafé « Entre frères de sang » est un récit hautement politique qui annonce la débâcle morale qui suivra et la ruée vers le nazisme d’un peuple qui vivait dans la nuit et crut discerner une lumière quand un homme revanchard haussa le ton pour les rassembler. Réédité quatre-vingt ans après sa parution ce texte rugueux et saisissant de réalisme est une lecture dont la sobre exactitude nous éclaire sur les racines du mal et « le ventre inlassablement fécond de la bête immonde ».

ASTRID MANFREDI

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