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ENTRETIEN AVEC L'HISTORIENNE YAËL HIRCH :

Peut-on choisir de ne plus être juif ? C’est la question qui traverse l’ensemble de l’essai de Yaël Hirch "RESTER JUIF?" .  Docteur en sciences politiques et professeur à Science Po Yaël Hirch avait déjà travaillé  sur ce thème en soutenant sa thèse sur la question de la conversion des juifs au christianisme . Complément d'enquête.

 Archibald Ploom : Votre ouvrage commence par une note. Elle porte sur l'utilisation de la minuscule pour le mot juif. On peut s'étonner d'une telle précision.

Yaël Hirsch :  Même si elle porte aussi sur le mot juif, la note s'intitule "l'emploi des mots" en général. J'y mets au clair les concepts de base à partir desquels je vais développer mes idées. Ma spécialité c'est la théorie politique et il me semble important qu'on soit d'accord sur les termes qu'on emploie; c'est une sorte de pacte avec le lecteur, qu'il sache de quoi je parle quand j'emploie ces mots. Après ceux-ci peuvent évoluer au fur et à mesure de l'argumentation, mais on sait sur quelle base commune l'on part. Quand j'enseigne, je demande à mes étudiants de faire de même : se mettre au clair sur les concepts qu'ils emploient. Avec des termes comme pouvoir, nation, liberté etc... ce n'est pas toujours évident , si on ne précise pas.  Pour le mot "juif", quand il s 'agit de quelqu'un qu'on définit comme tel, la majuscule est d'ordinaire de mise. Je déclare dans cette note que j'ai préféré mettre "juif" tout comme "chrétien" tout en minuscules et j'explique pourquoi.

Archibald Ploom : "Rester juif ?" s'inscrit dans le prolongement de votre réflexion sur la conversion des juifs au christianisme. Vous avez d'ailleurs consacré votre thèse sur le sujet. Vous portez ce questionnement depuis des années. Comment en êtes vous arrivée a vouloir interroger précisément cette ligne de rupture culturelle ?

Yaël Hirsch : Cela fait environ dix ans que je travaille sur la conversion des juifs au christianisme. Un an de master, quatre ans de thèse et plus de quatre ans de réécriture de la thèse pour le transformer en "vrai" livre. Je suis très reconnaissante à mes deux éditeurs chez Perrin Didier Le Fur et Nicolas Gras-Payen de m'avoir poussée à tout repenser et épaulée dans l'écriture d'un véritable essai. La thèse comprenait aussi des trajectoires d'enfants juifs cachés dans des familles chrétienne et, pour certains, baptisés pendant la seconde guerre. Mais pour ce premier essai j'ai été encouragée à resserrer l'étude sur les intellectuels convertis. Dans la thèse comme dans le livre, la réflexion part d'une seule question : la promesse de liberté de confession des démocratie européenne permet-il à des individus de choisir leur identité? Cela fonctionne-t-il pas pour des juifs désireux de quitter une identité minoritaire pour adhérer à la religion la plus répandue dans les pays où ils évoluent? Et si cela n'est pas possible pour eux de se convertir, qu'est ce que cela veut dire sur les paradoxes de nos démocraties? Je ne voulais pas considérer comme une évidence qu'on ne "démissionne pas du club juif" comme on me l'a un jour admonesté à un colloque. Si l'on prend la liberté négative au sérieux, alors on devrait pouvoir démissionner de n'importe quel club en démocratie.

Archibald Ploom : Vous expliquez dans votre introduction que la question juive est une question politique centrale pour les démocraties contemporaines 

Yaël Hirsch : C'est en tout cas une question classique de science politique depuis Marx, Arendt et Sartre. Mais déjà au 18ème siècle Rousseau s'étonnait (avec admiration) qu'après des siècles de vie en France, les juifs restent  à part et respectueux d'une tradition antique qu'ils ont conservée. La question se pose avec d'autant plus d'acuité quand la tradition est perdue. Pourquoi et comment les juifs qui ne suivent plus la loi juive continuent-ils à se percevoir et à être perçus comme des juifs? Cette question à propos d'une minorité en dit long sur la manière dont nos démocraties européenne gèrent la différence et les marqueurs identitaires. Et paradoxalement, les difficultés identitaires  rencontrées par cette marge que sont les convertis (ils sont très peu nombreux) au sein d'une minorité elle même marginale en Europe (les juifs), on peut en apprendre beaucoup sur les points aveugles et les paradoxes des sociétés européennes.

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