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INFERNO de Keith LOWE :

Voilà un livre d’histoire dont le titre sonne comme celui d’un film d’Alfred Hitchcock.  On se souvient du dernier ouvrage de l’historien anglais Keith Lowe intitulé « L’Europe Barbare »  qui fut un vrai succès de librairie, il tentait alors de saisir pourquoi les alliés s’acharnèrent autant à bombarder Hambourg, alors que la cible était principalement civile.  « Inferno » est le prolongement  du travail historique entamé par Lowe sur ce mois de juillet de 1943 où Hambourg fut rasée et où 40 000 civils trouvèrent la mort.   L’historien croise les archives et les témoignages britanniques, allemands et nord-américains.

Hambourg comme le souligna alors Sir Henry Tizard, brillant universitaire responsable de la création du réseau des radars britanniques, n’avait qu’un intérêt limité en tant qu’objectif militaire : « Hambourg est antirusse, antiprussienne et antinazie. Elle pourrait bien devenir sous peu antiguerre, si elle ne l’est déjà. Mis à part la construction de sous-marins et les compagnies maritimes, elle ne présente en somme guère d’importance industrielle. C’est plus un centre de négoce que de production. Elle possède un port très important et qui pourrait dès lors nous être beaucoup plus utile vivant que mort. » Malheureusement Churchill et son Chief of Air Staff  ne furent pas de cet avis. Le port allemand devait être bombardé sans relâche. Dans la nuit du 24  juillet 1943,  2300 tonnes de bombes furent larguées sur Hambourg, un chiffre effrayant et un nouveau record mondial pour une seule et même attaque. « Les bombes explosives, les «blockbusters » de 4000 kilos et les « cookies » de 2000 kilos, comptaient pour une bonne part dans la masse totale, mais ce sont indubitablement les projectiles incendiaires qui causèrent le plus de dégâts. »

 Ce premier bombardement  est déjà terriblement meurtrier mais prétendre que la population de Hambourg n’avait aucune idée du sort qui lui était réservé en cette première nuit de l’opération  Gomorrhe ne serait pas tout à fait vrai. La plupart de ces gens avaient entendu parler de ce qu’avaient subi les villes de la Ruhr au cours des mois précédents et, alors que les informations de la radio et des journaux allemands restaient délibérément vagues sur les détails, des mères de famille inquiètes laissaient leur imagination combler les vides.

Après les Anglais, les Américains entrent dans la mêlée. Le 25 juillet les bombes américaines écrasèrent les chantiers navals et le quartier Neuhof.  Le 26 juillet les bombes incendiaires achevèrent d’embraser  ce qui n’avait pas encore brûlé. Les quartiers  d’Eppendorf, d’Hoheluft, d’Eimsbuttel, d’Altona, de Sankt Pauli, d’Altsadt disparurent dans la fournaise. La nuit du 27 juillet  vit les escadrilles alliées déclencher un nouvel orage de feu sur la ville, cette fois  l’autre moitié de la ville s’enflamma.

En quelques jours la ville de Hambourg ne fut plus qu’un brasier.

S’appuyant sur de nombreux témoignages de pilotes et d’habitants de la ville, sur des cartes tout à fait remarquables et des clichés photographiques saisissants Keith Lowe livre l’histoire globale d’une destruction sans précédent qui annonce  les bombardements nucléaires de 1945.   Mais son travail  tente aussi de faire la lumière sur l’incroyable capacité des hommes à survivre dans cet enfer. 

Comment la population de Hambourg a-t-elle réagi face à ce supplice ? En veut-elle aux alliés ?  L’historien a posé la question à des Hambourgeois mais la réponse est généralement la même : « C’est nous qui avons commencé. » ou « Nous le méritions. » Même pendant la guerre, beaucoup de gens à Hambourg ont compris qu’ils n’étaient pas irréprochables, et que, à un certain degré du moins, c’étaient eux qui s’étaient attiré ce désastre. « Beaucoup voyaient  la catastrophe comme la conséquence  des attaques de la Lutfwaffe contre la Grande Bretagne. »

La dernière partie de l’ouvrage qui évalue les pertes et les responsabilités du calvaire de cette cité qui devint ville des morts est passionnante.  Lowe se révèle comme un immense historien qui fait son miel de toutes les informations auxquelles il a pu accéder.  Un formidable travail de synthèse qui se lit comme un excellent roman historique.

JULIEN MELVILLE 

 © Culture-Chronique --                                                

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